Le 6 novembre dernier, à l’occasion du sommet de l’APEC à Busan en Corée, le président Trump a pressé son homologue chinois Xi Jinping de libérer le magnat des médias hongkongais Jimmy Lai. Le proche verdict de son procès est considéré comme un symbole de la répression menée par le Parti communiste chinois contre les droits et libertés de la précaire Perle d’Orient.

Ce récent événement n’est que l’un des nombreux symptômes qui précipitent l’effondrement démocratique de la ville : mise à prix pour la capture des activistes en juillet dernier, dissolution de la ligue sociale-démocrate en août, suivie d’un massif projet de vidéo-surveillance en octobre. La sérialité des actions oppressives de Pékin ne fait que s’accentuer depuis 2019. Date charnière à laquelle l’avortement de la promesse « un pays, deux systèmes » a été définitivement entamé.

Un contexte démocratique à l’origine florissant

 Ancienne colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997, Hong Kong bénéficiait alors d’un statut particulier : celui d’une administration et d’un gouvernement indépendant, d’un haut degré d’autonomie associé à une culture libérale développée à l’écart du communisme de Mao Zedong. La liberté de la presse associée à une industrie cinématographique forte non soumise à la censure ont construit l’identité de la ville rebelle.

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Indépendante des décisions du pouvoir central, Hong Kong a pendant longtemps constitué un refuge pour les exilés chinois. Ainsi, elle a permis l’installation de structures et de mouvements démocratiques très critiques envers le pouvoir central. Une épine dans le pied de la Chine désireuse d’uniformiser son idéologie à l’ensemble du territoire. La volonté du Parti communiste chinois de mettre fin à cette exception territoriale n’a fait alors que grandir.

Mainmise progressive du PCC dans les années 2000

Les engagements de la Chine, normalement garante des libertés fondamentales locales, vont commencer à être rompus par plusieurs tentatives de déstabilisations.

Du fait, en 2003, le gouvernement de Hong Kong sous influence chinoise tente d’appliquer l’article 23 contre la subversion. Cependant la société civile se mobilise, 700 000 personnes descendent dans la rue et le projet est stoppé net. La volonté d’imposer des programmes d’éducation patriotique à la gloire du régime chinois en 2010 n’aboutit pas pour les mêmes raisons. Par la suite, la rupture de la promesse chinoise de faire élire le gouverneur de Hong Kong au suffrage universel ne passe pas en 2014. Elle débouche sur le mouvement iconique d’Occupy Central, aussi appelé révolution des parapluies. Longtemps décisive dans les blocages des volontés d’annexion, la rue s’incline et Pékin impose sa première victoire dans le paysage politique hongkongais.

Le tournant répressif de 2019

Le 9 juin 2019, un projet de loi sur l’extradition des opposants politiques vers la Chine provoque le plus grand mouvement de contestation jamais vu dans la ville. Il aboutit à l’échec de la proposition, mais aussi à des revendications plus grandes pour plus de libertés individuelles et une autonomie élargie. Face à l’ampleur du mouvement, le gouvernement chinois fait passer en force une loi de sécurité nationale. Cette arme législative punit alors la subversion, la sédition, la sécession et la collusion avec des forces étrangères. Le texte est en fait un levier qui permet au gouvernement local une utilisation illimitée pour arrêter et réprimer la révolte. Ainsi adoptée, la loi est alors maintes fois invoquée pour transformer la politique et la société hongkongaise à des fins répressives.

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Une mutation éclair, de la démocratie à la dictature

Sur la base de cet outil législatif nouvellement imposé. La rupture des promesses d’autonomie et de garantis du système démocratique est ouverte.  La confiscation des libertés individuelles devient un objectif permanent pour le PCC.  Par conséquent cette répression s’attaque dans un premier temps aux élus pro-démocratie jusqu’alors protégés par l’ancien système. Arrestations des opposants et figure iconique comme Leung Kwok-hung, activiste pro-démocratie ; pression et autodissolution de l’ensemble des partis phares d’opposition comme Civic Party. L’appareil représentatif des citoyens de Hong Kong est tout de suite muselé. En définitive, l’appareil politique n’a alors plus aucun socle pour entraver les lois et décrets de Pékin. On compte actuellement plus de 1800 prisonniers politiques car l’outil répressif de la loi de sécurité nationale ne se contente pas d’abattre les têtes d’affiches. Il élargit donc son action aux citoyens les plus simples. Ceux-là peuvent alors être incarcérés pour des peines lourdes de plusieurs années sur des motifs nombreux : Expression de slogan, conversation avec un média étranger, expression d’une opinion qui ne respecterait pas le narratif idéologique imposé par la Chine.

Cette répression active s’accompagne d’actions structurelles.  L’école et plus particulièrement l’université ont toujours joué un rôle prédominant dans le barrage aux précédentes tentatives de Pékin d’imposer sa loi.   C’est donc en profondeur que les programmes et les rituels scolaires sont modifiés. Les levées de drapeau et l’hymne chinois résonnent maintenant dans les cours d’école. Les enseignements de culture générale et d’esprit critique sont remplacés au profit de cours d’éducation patriotique. La conséquence de cette dislocation du système d’éducation hongkongais, longtemps loué pour sa qualité à l’internationale provoque la démission de milliers d’enseignants. Les médias ne sont pas épargnés par cette restructuration brutale. 1000 journalistes étaient démissionnaires en 2024. Longtemps placés dans les premiers pays au classement de la liberté de la presse, l’âge d’or médiatique hongkongais n’est plus qu’un amer souvenir.

De plus, les médias publics ont tout de suite été visés et ont été transformés en moins d’un an en porte-parole du gouvernement chinois. Quant aux médias privés comme celui de Jimmy Lai, Apple Daily, ils ont été contraints sous la menace à la fermeture. Perquisitions, arrestations des rédacteurs en chef, comptes bancaires gelés, saisie du matériel et suppression des archives ont fini d’aseptiser la libre parole des journaux et radios. Un climat de terreur blanche qui pousse alors les médias restants à la prudence et à l’autocensure. La rapidité et la capacité soudaine du PCC à museler la société civile et ses opposants sur la base de la loi de sécurité nationale ont achevé de saper l’identité hongkongaise. Inévitablement nombre de citoyens tournent alors leurs regards vers l’étranger pour échapper à la chute de leur ville.

La diaspora en exil

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On estime à 500 000 le nombre de départs de citoyens de Hong Kong entre 2020 et 2024. L’ouverture par le Royaume-Uni d’un visa spécial BNO à destination de son ancienne colonie a enregistré un nombre de demandes croissantes. 191 000 demandes avaient alors été reçues l’année dernière. La fuite massive des forces vives hongkongaises ainsi que de la majorité de l’opposition à laisser la place à un vide. C’est une opportunité pour le gouvernement chinois qui laisse le champ libre à de nouvelles politiques de restructuration et d’aménagement du territoire. 

Malgré tout, les exilés tentent de perpétuer ce qui a été leur identité propre. Commémorations, rassemblement devant des ambassades, écriture de livres sur les mouvements passés, collectes d’archives et entretien de la mémoire collective. Mais en dépit de leur départ, le pouvoir chinois ne semble pas leur accorder le moindre répit. Ainsi en juillet dernier, les autorités ont annoncé mettre en place des primes pour la capture des opposants résidant à l’étranger. Cela n’empêche pas un activiste de déclarer à un rassemblement à Londres. « Je crois que je retournerai à Hong Kong, je pense que l’histoire ne fait que se répéter et que le Parti communiste chinois va tomber comme l’union soviétique », « Si on retournait 40 ans en arrière et que l’on disait à des gens que l’union soviétique allais s’effondrer, on nous prendrait pour des fous, mais nous connaissons la fin de l’histoire ».

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