Condamné à sept ans de prison ce 29 juin en Algérie, le journaliste français Christophe Gleizes attend son procès. Mis en appel, il se tiendra le 3 décembre. Ce dernier, à l’instar de l’inattendue libération de l’écrivain Boualem Sansal, espère désormais un geste diplomatique.
Aventurier, indépendant mais surtout passionné de football. Christophe Gleizes est journaliste indépendant et collaborateur des magazines So Foot et Society. Depuis le 28 mai 2024 il est retenu en Algérie avec une interdiction de quitter le pays. Il vient d’être condamné à sept années de prison ferme avec mandat de dépôt, c’est à dire avec effet immédiat, pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ».
La cause de son accusation ? En 2015 et 2017, Christophe Gleizes contacte Fehrat Mehenni, responsable du club de football de Tizi Ouzou (commune du nord de l’Algérie) et dirigeant du mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) dans le cadre d’un reportage sur le club du JSK. Le mouvement est considéré comme un groupe “terroriste” par le gouvernement algérien.
Le fondateur de So Foot, Franck Annese, réagi après sa condamnation en le défendant son associé et qualifiant Christophe Gleizes comme “ un journaliste reconnu pour toujours travailler sans arrière-pensée politique, ses enquêtes et interviews le prouvent. Le dirigeant du magazine précise l’injustice et exprime la volonté de ramener au plus vite le journaliste auprès de sa famille. “Cette décision est totalement injuste. Il est important que tout soit mis en œuvre, y compris politiquement et diplomatiquement pour que la justice l’emporte et que Christophe puisse retrouver ses proches et sa rédaction. ”
L’espoir renaît avec la libération de Boualem Sansal
Après la libération de l’écrivain Boualem Sansal, gracié ce mercredi 12 novembre 2025, par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, l’espoir est de retour pour permettre la libération du journaliste sportif. Pour Thibault Bruttin, directeur de Reporters Sans Frontières, il faut être “confiant” mais “prudent”.

La libération de Boualem Sansal mercredi pose la première pierre d’une reprise des échanges diplomatiques entre Paris et Alger. L’écrivain était au centre des tensions entre les deux pays. Sa grâce par le régime algérien est, selon le Premier ministre français, le «fruit d’une méthode faite de respect et de calme», dans laquelle l’Allemagne a été partie prenante, l’auteur de 2084 est arrivé à Berlin dans la soirée.
Pour les soutiens de Christophe Gleizes, ce dégel doit maintenant profiter au reporter. « On ne peut pas se satisfaire d’une seule libération symbolique », affirme le comité de soutien du journaliste dans un communiqué. Cependant, plusieurs analystes tempèrent cet optimisme. Selon Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève, « Alger a fait un geste majeur en lâchant Sansal, qui était une icône. Le régime pourrait être tenté de garder le dossier Gleizes comme levier de négociation sur d’autres sujets.
“Le cas Sansal était politique, celui de Gleizes est perçu par Alger comme une affaire de sécurité intérieure », abonde un éditorialiste du quotidien algérien El Watan. Pour lui, si libération il y a, elle ne viendra pas d’une « grâce spectaculaire » mais d’un « geste discret » une fois la pression médiatique retombée.
Réactions et soutiens dans la sphère médiatique
Depuis l’annonce de la condamnation à sept ans de prison ferme, la réaction a été immédiate dans la sphère politique, médiatique et académique. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean Noël Barrot a exprimé son « vif regret » et confirmé suivre le dossier de près, tandis que plusieurs responsables politiques dénoncent une peine « choquante » et appellent à une mobilisation diplomatique pour obtenir la libération du journaliste. Les rédactions françaises, quant à elles, se sont largement solidarisées : Reporters sans frontières évoque une décision « absurde » et So Press, éditeur de So Foot, dénonce un « dossier vide ».
“Christophe Gleizes n’a rien à faire en prison, et nous comptons sur la cour d’appel pour le reconnaître. Christophe n’est coupable que d’avoir exercé son métier de journaliste sportif et d’aimer le football algérien” a exprimé le directeur de RSF, Thibaut Bruttin dans un communiqué.
De nombreux journalistes, artistes ou personnalités sportives ont signé une tribune commune comme Yann Barthès, Jean Pierre Foucault, Gilles Lellouche, François Civil ou encore Hervé Renard. À ce mouvement s’ajoute une mobilisation notable du monde académique : seize écoles de journalisme françaises, parmi lesquelles le CFJ, Sciences Po, le CUEJ Strasbourg, l’IJBA, l’ESJ Lille, l’EPJT ou encore l’École de journalisme de Grenoble, ont publié un appel conjoint demandant sa libération. Plusieurs établissements ont organisé des rassemblements étudiants en partenariat avec RSF, dénonçant une atteinte directe aux principes fondamentaux du métier et rappelant que la liberté d’informer ne saurait être criminalisée.





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