Lors d’une cérémonie en septembre, Pékin a déployé toute sa force symbolique. Sous les regards du monde, Xi Jinping a présidé un gigantesque défilé militaire, flanqué d’alliés stratégiques tels que la Russie et la Corée du Nord. Depuis l’avenue de la Paix-Éternelle, le président chinois a passé en revue 45 formations de l’Armée populaire de libération (APL). Une démonstration millimétrée, fidèle à la mise en scène grandiose dont la Chine est coutumière, mais qui soulève une question fondamentale : cette armée de deux millions de militaires a-t-elle réellement les moyens de devenir la plus puissante au monde ?

© Shen Hong/Xinhua News Agency via AP

Une armée nombreuse mais sans expérience récente

Derrière l’image de discipline et de puissance, une réalité embarrassante demeure : l’APL n’a plus combattu depuis plus de 40 ans. Son dernier engagement majeur remonte à la guerre sino-vietnamienne de février 1979. Pékin avait alors lancé une offensive pour « punir » Hanoï après l’invasion du Cambodge, qui avait chassé les Khmers rouges des alliés de la Chine, et son rapprochement avec l’URSS.

L’opération, censée être rapide, tourne à l’épreuve. Si l’armée chinoise occupe plusieurs villes frontalières, elle se heurte à une résistance vietnamienne aguerrie par des décennies de guerre contre la France puis les États-Unis. Après un mois d’affrontements, Pékin proclame avoir « atteint ses objectifs » avant de se retirer, mais le constat est sévère : dizaines de milliers de pertes, lacunes logistiques et organisationnelles béantes, et incapacité à infléchir le cours stratégique de la région. Le Vietnam consolide même son rôle régional avec le soutien de Moscou.

Depuis, la Chine a beaucoup investi, mais cette absence de champ de bataille réel fragilise la crédibilité opérationnelle de l’APL.

La comparaison avec les États-Unis : des chiffres implacables

En volume, l’APL est la première armée du monde : environ deux millions de militaires en service actif. Mais le nombre ne suffit pas. En termes de budget, les États-Unis écrasent la concurrence : plus de 1 000 milliards de dollars par an, soit près de trois fois les dépenses militaires chinoises.

Sur d’autres critères clés, nombre de chars modernes, aviation de chasse de 5e génération, porte-avions opérationnels, projection de forces à l’international, Washington conserve une nette avance. Toutefois, Pékin rattrape rapidement son retard :

  • La Chine possède déjà 3 porte-avions, dont un de conception nationale (le Fujian) destiné à rivaliser avec les géants américains.
  • Elle développe des chasseurs furtifs J-20, censés concurrencer les F-35 américains.
  • Son arsenal nucléaire, estimé à plus de 500 ogives, se renforce chaque année.

La force invisible : l’esprit de défense

Mais la puissance militaire ne se résume pas aux effectifs, aux budgets ou aux armes nucléaires. La guerre en Ukraine en est la preuve éclatante. En 2022, de nombreux experts prédisaient que Kiev ne tiendrait pas plus de deux jours face à la Russie. Pourtant, la mobilisation des citoyens, la résilience nationale et la solidarité occidentale ont bouleversé les pronostics.

Ainsi, la question reste ouverte pour Pékin : si l’APL dispose d’une force de dissuasion impressionnante, sa véritable puissance ne sera mesurable que dans l’épreuve d’un conflit réel, où compteront moins les défilés et les chiffres que les capacités logistiques, la stratégie et la volonté de combattre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recommandations