Le dimanche 1er mars, le Paris FC affrontait l’OGC Nice au stade Jean Bouin. A cette occasion, 14 879 personnes sont venues supporter leur équipe et ont mis l’ambiance en tribune. Une immersion sur place lors de cette rencontre souligne l’enjeu de conserver un ancrage populaire dans un championnat de Ligue 1 de plus en plus exigeant.

Pour aller voir ce match, rien de plus simple : les supporters prennent leur billet en ligne et un tarif étudiant permet d’obtenir des places à prix réduit, une façon d’inciter les jeunes à continuer de venir à Jean Bouin. Le stade n’est pas plein mais l’enjeu est de taille : Nice est 14e au classement et possède un point d’avance sur le Paris FC.

Les supporters arrivent par vagues au stade après être passés par une fouille minutieuse. Certains arrivent dès 13 heures, deux heures avant le coup d’envoi pour profiter de l’ambiance d’avant-match tandis que les plus en retard s’installent dans le stade alors que le match a déjà débuté. D’autres, qui n’ont pas encore mangé profitent des stands de nourriture pour se restaurer avant d’aller s’installer en tribune.

Fin de la gratuité des matchs, des supporters toujours au rendez-vous ?

Lancé en 2023, le projet de gratuité des matchs à Charléty a pris fin en août 2025 avec la montée en Ligue 1 de l’équipe masculine du Paris FC. Comme nous l’explique Clara*, supportrice du Paris FC depuis son arrivée à Paris l’an passé, « quand ils ont mis le stade gratuit, c’était pour attirer du monde ». Cette stratégie s’est avérée payante puisqu’entre 2023 et 2025, la fréquentation a plus que doublé. Pour Maxime, membre de la billetterie, ce résultat « n’aurait pas pu avoir lieu si les résultats sportifs n’avaient pas été là ». L’objectif de la stratégie, en plus de remplir Charléty, était de fidéliser les supporters pour qu’ils reviennent lorsque le club montera en Ligue 1. Et c’est chose faite : avec 14 000 personnes sur les 19 000 places disponibles à Jean Bouin, le stade affiche un taux de remplissage plus que correct pour un promu. 

A Jean Bouin, les places ne sont plus gratuites mais restent tout de même à des prix abordables, ne dépassant pas les 50 euros pour le match face à Nice. Un tarif étudiant, vérifié à l’entrée du stade, permet aux jeunes de venir à des prix raisonnables (environ 5 à 10 euros de moins) et pour les familles, les places des enfants sont également à prix réduit. Pour son premier match à Jean Bouin, Clara* trouve « qu’il y a beaucoup plus de monde que l’année dernière ». Le parvis est en effet rempli et les supporters sont au rendez-vous. Les Ultras arrivent dans les tribunes vers 14h45, quinze minutes avant le coup d’envoi et donnent de la voix pour supporter leur équipe de la première à la dernière minute de jeu.  

« On se réunit ici pour chanter, pour faire la fête »

© Activités proposées sur le parvis du stade Jean Bouin

Sur le parvis du stade Jean Bouin, le speaker met l’ambiance. Même s’il n’y a pas encore grand monde à 13h, les supporters arrivent au fur et à mesure et à 13h45, le parvis est déjà bien rempli. Les stands sont pleins, la mascotte fait le show et les supporters prennent du plaisir. Les animations sur le parvis ont été installées en fin d’année 2025, quelques mois après le début des matchs de Ligue 1. Pour Oscar*, comédien et speaker du Paris FC, c’est une réussite. Il explique que « les gens ne sont pas encore très chauds » avant d’ajouter « qu’ils commencent à prendre l’habitude ». Ce passionné de football ajoute que son objectif est « de réunir pour chanter, pour faire la fête et pour faire plein d’animations et d’activités ». Il se déplace de stand en stand et cherche à faire en sorte que tout le monde se sente bien et que « quand les supporters arrivent en tribunes, ils soient déjà chauds pour encourager l’équipe ». 

Les plus petits sont ravis d’être là. Deux jeunes enfants accompagnés de leur père jouent au baby-foot. Ils sont vêtus de la tête aux pieds de vêtements du Paris FC. Le plus jeune a un bonnet bleu aux couleurs du club et le père porte une écharpe ainsi que le maillot du club. Le parvis sert aussi à réunir les supporters pour qu’ils puissent passer un bon moment ensemble avant de partir en tribune. Ironiquement, Oscar* explique que « ça permet de ne pas être en retard ». Pour lui, « si tu programmes de venir pour t’amuser c’est sûr qu’au coup d’envoi tu seras là ». En effet, malgré le monde sur le parvis, de nombreux supporters s’installent en tribunes alors que le coup d’envoi a déjà été donné. D’autres arrivent avec des tenders-frites quinze minutes après le début du match.

Les stands de nourriture et de boissons sont remplis. Malgré la fin de la gratuité, les supporters continuent de consommer sur place. Un supporter nous notifie à la volée que « les bières sont avec alcool » ce qui est plutôt rare. Alors qu’avant le coup d’envoi il était possible d’acheter une barquette de frites en cinq minutes, à la mi-temps la file d’attente est d’environ dix mètres. Avant le match, les supporters font aussi un détour par la boutique du club où des écharpes, des maillots et des goodies sont vendus. Entre deux clients, un des vendeurs, Ilyes*, nous explique que « la boutique marche plutôt bien ». Il ajoute que ce sont « les écharpes à l’effigie du match qui se vendent le mieux parce que ça fait un souvenir. ». Concernant les acheteurs, il nous confirme que les profils sont variés. « On se dit Paris FC, on se dit la France mais il y a aussi beaucoup d’étrangers qui achètent. »

Investissements et nouveaux visages : un changement d’ère pour le Paris FC ?

La montée en Ligue 1 n’est pas le seul changement qu’a connu le Paris FC au cours des derniers mois. En effet, le club a changé de stade mettant fin à la gratuité des matchs. Bien que les supporters trouvent normal de désormais payer leur billet, certains comme Bastien* ne sont pas « prêts à mettre 80 ou 100 euros pour aller voir un match de football ».  Supporter depuis 4/5 ans et abonné depuis presque 3 ans, il paye son abonnement annuel 160 euros ce qui reste abordable pour un club de Ligue 1. A titre de comparaison, un abonnement à Nice coûte environ 50 euros plus cher pour une place similaire à l’Allianz Riviera. 

En novembre 2024, le club est également racheté par la famille Arnault. Six mois plus tard, le Paris FC évolue déjà en Ligue 1 et son propriétaire fixait un objectif de Top 10 en début de saison. Bastien* et son ami Zacharie* sont plutôt neutres sur la question et préfèrent voir comment cela va se passer dans les prochaines années. Pour eux, « le club monte, progresse et continue de se développer. Avoir des investisseurs ambitieux c’est nécessaire ». Bastien* ajoute par ailleurs qu’il ne souhaite pas « devenir un PSG bis » mais qu’il veut au contraire « conserver l’identité populaire ». Pour se faire connaitre, le Paris FC a joué de son influence. Aujourd’hui, ils sont par exemple en partenariat avec RedBull qui possède 10,6% du capital mais son rôle reste en cours de construction selon L’Equipe. Ninho, lors de son concert du 3 mai 2025, avait officialisé sa collaboration avec le Paris FC en distribuant des maillots aux couleurs orange à ses fans. Le Paris FC utilise des stars ou des grands noms de l’influence pour gagner en popularité auprès des jeunes notamment.

Un changement majeur a eu lieu au Paris FC : l’entraîneur de la montée, Stéphane Gilli, a été remplacé par Antoine Kombouaré, un choix qui divise les supporters parisiens. Pour son premier match sur le banc de son nouveau club, Kombouaré ressort victorieux de la confrontation face à Nice. Bien qu’il se définisse comme un entraîneur ambitieux, pour Bastien* et Zacharie*, ce choix est bien « pour une opération maintien » mais « ils savent qu’ils ne vont pas avoir du beau jeu avec lui ». Ils sont surtout « tristes de quitter Gilli » qui s’inscrivait dans un projet à long terme et qui a fait monter le Paris FC en Ligue 1. Cependant, après 6 matchs sans victoire, pour les deux jeunes amis « ça reste un choix acceptable » qui leur permet, à l’issue du match, de s’éloigner de 8 points de la zone de relégation potentielle.

L’identité populaire du Paris FC ne disparait pas mais s’adapte aux changements et aux exigences de la Ligue 1. Les supporters continuent de venir, créant une fidélité, mais leur mode de consommation a changé. Le prestige de la Ligue 1 les pousse à plus acheter et à normaliser les prix jugés raisonnables pour le plus haut niveau.

*Les prénoms ont été remplacés pour préserver l’anonymat des sources.

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