Organisés à Las Vegas du 21 au 24 mai 2026, les Enhanced Games sont le premier événement sportif regroupant des épreuves d’athlétisme, de natation et d’haltérophilie permettant à ces athlètes d’avoir recours au dopage. Il faut que les substances utilisées soient approuvées par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (la FDA), assurées par un suivi médical sans être soumis à des tests antidopage. Si une cinquantaine d’athlètes dont un Français ont déjà annoncé participer à cet évènement, la tenue de ces jeux n’a pas manqué de faire réagir.

Une volonté de repousser les limites du corps humain
Organisés par Aron D’Souza, entrepreneur d’origine australienne, ces Jeux alternatifs entendent repousser les limites physiques du corps humain en utilisant des produits dopants, parmi lesquels on retrouve de la testostérone synthétique et autres stéroïdes anabolisants, érythropoïétine (EPO), bêtabloquants et amphétamines. Quand bien même ils seraient utilisés avec une surveillance médicale accrue, l’utilisation de ces produits comporte des risques comme le rappellent les scientifiques, surtout à forte dose. L’idée même que ce projet « extrêmement dangereux » puisse se concrétiser choque Astrid Kristine Bjørnebekk, chercheuse à l’hôpital universitaire d’Oslo. Cette scientifique, qui a étudié les dommages des stéroïdes anabolisants sur le cerveau d’haltérophiles, a alerté sur une incitation à « une consommation sans limites ». De l’avis des experts, les stéroïdes anabolisants seront probablement la drogue la plus fréquente dans une telle compétition. Un usage excessif de ces produits entraîne des lésions hépatiques ou rénales, de l’hypertension artérielle, du cholestérol, un risque accru de cancer, ou des problèmes de santé mentale.
Un projet en contestation du mouvement olympique
D’Souza a choisi la carte de la provocation pour vanter son projet et dénigrer le modèle olympique qu’il considère comme hypocrite. Selon lui, le dopage serait déjà largement répandu dans le sport de haut niveau, et mieux vaudrait l’encadrer médicalement que prétendre l’éradiquer. Il reproche aussi au CIO de ne pas rémunérer correctement les athlètes. « Le CIO (Comité international olympique) est un État à parti unique qui dirige le monde du sport depuis 100 ans, a-t-il déclaré. Nous sommes le parti d’opposition ». Au cœur de son discours, une revendication de liberté individuelle pour les sportifs : « Aucun gouvernement, aucune fédération sportive paternaliste, ne devrait prendre ces décisions pour les athlètes ».

Des réactions critiques du monde du sport
Lorsqu’en juin 2023 il a annoncé la création de ce concept, le mouvement sportif international a surnommé ceux-ci « Jeux du dopage ». Selon le Comité international olympique (CIO), les Enhanced Games « ne méritent aucune attention ». Pour Olivier Niggli, directeur général de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) : « Ce sont des jeux du cirque, un spectacle privé ». Le président de World Athletics, Sebastian Coe, a quant à lui prévenu que « Si [un athlète] est assez stupide pour avoir l’idée de participer à cela, il sera banni, et pour longtemps ». « C’est une farce extrêmement dangereuse », a déploré l’Américain Brent Nowicki, directeur exécutif de World Aquatics, la fédération internationale de natation. « Un numéro de clowns probablement illégal dans de nombreux États [américains] », a estimé Travis Tygart, patron de l’Agence américaine antidopage. Du côté des sportifs, les mêmes réactions ont été données. À l’occasion du record du monde du 50 m nage libre battu par l’Australien Cameron McEvoy lors d’une compétition en Chine, le Français Yohan Ndoye Brouard s’est exprimé sur les Enhanced Games : « Je suis content pour la natation mondiale, car il y a en ce moment des instances qui essaient de décrédibiliser le sport en donnant des sommes monstrueuses d’argent en échange de produits dopants et de performances qui ne sont pas homologuées ».
Parmi les athlètes qui vont participer aux Enhanced Games, on retrouve un seul Français, Mouhamadou Fall, multiple champion de France du 100 et 200 m. Il avait annoncé sa participation aux Enhanced Games en octobre 2025 ; la participation du sprinteur de 33 ans à ces jeux de dopés n’est en soi pas très étonnante lorsque l’on s’appuie sur son passif en termes de dopage, lui qui est suspendu jusqu’en juillet 2026 pour manquement à ses obligations antidopage. À la suite de cette annonce, les instances sportives françaises dont la Fédération française d’athlétisme, le CNOSF et le Ministère des Sports n’ont pas tardé à réagir à l’annonce de Mouhamadou Fall : « Une décision en totale contradiction avec les valeurs du sport et de l’athlétisme ». « Cette compétition, qui revendique l’usage de produits dopants, renie l’intégrité, l’équité et la santé des athlètes ». Pour la FFA, les Enhanced Games « constituent une mise en scène dangereuse, contraire à l’éthique sportive et à la santé des athlètes. »

Un événement sportif aux allures de business
Mais derrière les Enhanced Games, la volonté affichée n’est pas seulement d’organiser un évènement sportif mais aussi de vendre des produits de santé que l’on peut retrouver à la vente sur le site internet de l’évènement. On trouve par exemple de la testostérone, ou encore des microdoses de GLP-1, molécule que l’on retrouve dans les médicaments anti-obésité, commercialisée depuis quelques années, que l’on connaît mieux sous le nom d’Ozempic ou de Wegovy. D’autres types de produits sont également présents, censés ralentir le vieillissement, comme les peptides qui permettraient de prendre du muscle et qui auraient des vertus anti-âge, également vendus sur le site des Enhanced Games, alors que selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), les effets de ces produits n’ont pas encore été vérifiés scientifiquement et ils représenteraient même des risques pour la santé.
L’argent constitue également l’une des principales motivations des athlètes pour participer à ces jeux, avec à la clé un salaire mensuel généreux, ainsi qu’une récompense d’un million de dollars promise pour un nouveau record du monde sur le 50 m et le 100 m nage libre, et de 250 000 dollars pour les autres records du monde battus durant la compétition.
Par ailleurs, les Enhanced Games bénéficient d’un soutien financier et économique de taille, mais peu surprenant. 1789 Capital, un fonds dédié aux entreprises « anti-woke » auquel Donald Trump Jr, le fils aîné du président américain, est associé depuis fin 2024, a investi « plusieurs millions de dollars » dans ce projet controversé.
Finalement, ces « Jeux olympiques du dopage » sont largement discrédités par les critiques du monde du sport et du monde scientifique. Le peu d’engouement du grand public et des athlètes pour ces Jeux montre bien que l’on préfère voir des sportifs se dépasser par un effort physique sain et des évolutions techniques que par l’usage de produits dopants.



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