
Le 6 octobre 2026 s’est tenue la Journée Nationale des Aidants. Une journée conviviale de sensibilisation et de soutien autour d’un sujet encore méconnu en France : l’aidance. Cette journée est portée par les plateformes de répit, des associations qui tout au long de l’année accompagnent les aidants.
« J’aurais aimé que quelqu’un me tende la main », raconte Sophie Belvisi. L’humoriste lyonnaise se confie dans le premier épisode du podcast « Je t’entends » produit par l’association La Pause Brindille sorti le 30 septembre 2026. La Pause Brindille est une association de soutien aux jeunes aidants basée à Lyon. A l’aube de ses 20 ans, Sophie a découvert que sa mère était atteinte du syndrome de Benson, une maladie neurodégénérative. Dans son témoignage, elle raconte ses dix années d’aidance auprès de sa mère décédée en 2020. Elle exprime les difficultés qu’elle a dû surmonter, sa solitude et les responsabilités qu’elle a dû prendre pour soutenir sa mère. Après le décès de cette dernière, Sophie a créé le spectacle « Alzhei’Mère » au sujet de sa maladie.
À la fin d’une représentation, elle rencontre Axelle Enderlé, directrice de l’association La Pause Brindille, qui lui fait réaliser qu’elle a été jeune aidante pendant 10 ans sans même le savoir. Un aidant est une personne qui vient en aide de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accompagner une personne en perte d’autonomie – du fait de l’âge, de la maladie ou d’un handicap – dans les activités de la vie quotidienne. La Pause Brindille fait partie des près de 220 plateformes de répit françaises qui œuvrent pour soutenir les aidants tout au long de l’année
Des plateformes au service des aidants
Pour mieux comprendre ce que sont les plateformes de répit (ou PFR), Camille Ng Kwong Sang co-directrice de la Fédération des Plateformes de Répit explique : « Les plateformes de répit sont des lieux physiques où les aidants peuvent rencontrer des professionnels pour évaluer leurs besoins et faire le point sur leur situation. Le but est de trouver les solutions les plus adaptées à l’aidant et son proche. Elles jouent aussi des rôles informationnels, de sensibilisation et de soutien psychologique. Les PFR apportent des solutions de répit pour permettre à l’aidant de « souffler » avec par exemple un relayage ponctuel dans l’aide au proche. Ces associations peuvent aussi être des intermédiaires avec le territoire, souvent au niveau régional, pour trouver des solutions pour les aidants (aide à domicile, solutions d’hébergement temporaire, accueil de jour…). »
Ces plateformes existent depuis 2010. Cependant, leur hétérogénéité et leurs noms les rendent plus difficiles à identifier, raconte Camille Ng Kwong Sang. C’est pourquoi, en 2019, la Fédération des Plateformes de Répit a été créée. « Les objectifs de la fédération sont de permettre aux PFR de gagner en visibilité au niveau régional, de partager une identité commune et de mutualiser leurs moyens pour répondre aux besoins de terrain. »
L’un des enjeux principaux des PFR et de la Journée Nationale des Aidants est de se faire connaitre. Camille Ng Kwong Sang explique que, quand les aidants découvrent et se rapprochent des plateformes, ils sont souvent déjà en état d’épuisement : « Les PFR devraient donc intervenir en amont dans une logique de prévention. Le dispositif doit se faire connaitre dans les milieux médico-sociaux, les entreprises et le milieu éducatif. La fédération permet de repérer les aidants et de les orienter vers les PFR adaptées. »

Evénement de la Fédération Plateformes de Répit organisé en 2025 à l’occasion de la Journée Nationale des Aidants. Photo fournie par la ville de Paris DR.
» L’association m’a fait réaliser que je n’était pas si seule «
En France, 77 % des aidants disent que les PFR les ont aidés à se reconnaitre comme aidant d’après l’étude d’impact nationale réalisée en 2024 par la Fédération des Plateformes de Répit.
Ça a été le cas pour Emma (souhaitant témoigner anonymement, son nom a été modifié), 17 ans, et lycéenne. Elle découvre La Pause Brindille il y a 2 ans au cours d’un dîner avec un communiquant de l’association. C’est alors qu’elle apprend qu’elle est aidante de ses deux parents en situation de handicap.
Pour elle, il n’a pas été facile de se reconnaitre comme aidante : « Au début, même quand je participais aux vidéos pour l’association, j’avais beaucoup de mal avec ce terme-là. Mais encore plus avant, je ne savais même pas ce que cela voulait dire et je ne me considérais pas du tout comme aidante. » En s’investissant dans l‘association, elle a pu rencontrer d’autres aidants de son âge. « C’est là que je me suis rendu compte que, oui, j’étais aidante et que le terme « aidant » ne veut pas seulement dire aider son père ou sa mère âgé de 75/80 ans. » Emma ajoute : « Cela m’aide aussi dans la vie quotidienne [d’avoir rejoint La Pause Brindille], parce qu’on peut se permettre de demander des conseils. […] Mes grands-parents paternels m’aident déjà beaucoup. Ils ont été très présents pour mes parents depuis ma naissance. Mais eux ce sont les parents et moi je suis l’enfant, donc notre statut vis-à-vis de mes parents est relativement différent. »
D’après l’étude d’impact nationale de 2024 réalisée par la Fédération des Plateformes de Répit, 41% des aidants souhaitent appartenir à une communauté d’aidants. En effet, en raison du manque de communication sur le sujet, les aidants sont parfois amenés à se sentir seuls et isolés. « Toute ma jeunesse, j’ai eu ce sentiment de solitude. Comme les gens n’en parlent pas, nous n’avons pas l’impression qu’il y a d’autres foyers comme le nôtre. […] Je pense qu’être entrée dans l’association m’a fait réaliser que je n’étais pas si seule que cela, qu’il y avait énormément de cas comme le mien. […] Cela m’a permis de comprendre que ce n’était pas une honte d’avoir un foyer comme ça. »
Les associations de soutien aux aidants reposent sur un autre élément central : le répit. Emma, par exemple, doit combiner son quotidien de lycéenne et son aidance : « J’ai beaucoup moins de temps libre que certains jeunes de mon âge. Enfin, nous [les lycéens] en avons déjà peu. Mais moi, quand je rentre du lycée, je vais peut-être me poser comme un jeune normal, après je vais aller faire mes devoirs. Cependant, je vais m’interrompre pour aller aider mes parents. C’est une gestion du temps qui est très différente. […] Pour moi, le répit, c’est un temps pour soi sans nos problèmes autour de nous. Dans mon foyer, mon temps de répit, c’est vraiment dans ma chambre. Personne ne rentre dans ma chambre. C’est mon moment où je ne gère pas les problèmes, où je suis focalisée sur moi. […] Depuis que je suis dans l’association, je me suis rendu compte qu’on avait le droit de prendre ce temps-là. Je me suis rendu compte qu’on avait le droit de dire : « Stop, j’ai besoin d’un temps pour moi. » »
La sensibilisation est d’ailleurs un autre rôle important des plateformes de répit. Elles interviennent par exemple dans des écoles pour se faire connaitre, faire connaitre l’aidance et libérer la parole des élèves. Pour Emma, cette sensibilisation est essentielle. « Il faudrait une sensibilisation. Déjà, pour le corps éducatif, c’est sûr, pour permettre aux professeurs de connaître un peu la cause et de connaître ce qu’il faut mettre en place pour les jeunes aidants. […] Je suis une personne assez discrète. Je pense que mon lycée n’est pas du tout au courant de ma situation familiale. Quand j’en avais parlé au corps éducatif au collège, ça a été très compliqué. Les professeurs ne sont pas du tout sensibilisés à la cause, il y a énormément de jugements. » Aujourd’hui, Emma ne dispose pas d’aménagements ou de soutien de la part de son lycée malgré la gestion de son temps parfois difficile.
De la difficulté pour se faire entendre nait un manque de reconnaissance du statut d’aidant. Le milieu de l’aidance est complexe, comme le soulignait Camille Ng Kwong Sang. Les PFR peuvent apporter une aide juridique et sont formées pour aiguiller et accompagner les aidants dans leurs démarches. Emma reconnait ne pas connaitre ses droits spécifiques liés à l’aidance : « C’est une cause si peu entendue et dont si peu de personnes parlent, qu’aujourd’hui, on ne sait même pas à quoi nous avons le droit. Nous avançons comme des jeunes tout à fait normaux, sauf que nous avons un petit truc en plus à la maison. »
Journée Nationale des Aidants : se faire connaitre
La Journée Nationale des Aidants a lieu tous les ans le 6 octobre. C’est une journée de sensibilisation et d’information sur l’aidance. À Paris, la Fédération des Plateformes de Répit organise depuis six ans sa journée dédiée aux aidants. Cette année, l’événement aura lieu le 15 octobre à Paris. Il est organisé avec Centr’Aider, un site d’accompagnement et d’informations dédié aux aidants. La journée permet de s’informer sur les droits, les solutions de répit et l’accompagnement des aidants. Dédié aux professionnels et aux aidants, l’événement répond à une volonté de créer une synergie avec les acteurs du médico-social selon Camille Ng Kwong Sang.




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