Article rédigé avant le 17 octobre 2026
Pendant que Paris reçoit les stars de la Fashion Week, du 28 septembre au 6 octobre, et que le musée Rodin accueille une exposition luxueuse signée Hunger Games, des milliers de lycéens et d’étudiants manifestent et sont placés en garde à vue. Un contraste qui choque.

En cette première semaine d’octobre 2026, les plus grandes stars hollywoodiennes, les créateurs de contenus, et les artistes de la scène musicale du monde entier sont à Paris pour la semaine de la Fashion Week, mettant à l’honneur la collection Printemps/Été 2027 du prêt-à-porter féminin.
C’est dans les plus beaux lieux de la capitale que les maisons Dior, Saint Laurent, Chanel ou encore Louis Vuitton ont décidé d’organiser leurs défilés cette saison : les Tuileries, la Tour Eiffel, le Grand Palais, rien n’est trop grand pour accueillir les nouvelles créations des designers. Devant le Louvre, une foule s’est massée, des fans hurlent à la vue de Zendaya, Sophie Turner ou encore Emma Stone. Les paparazzi se bousculent pour prendre le cliché parfait de la nouvelle manucure de Lisa des Blackpink, qui remet au goût du jour une tendance des années 2010, le « baby boomer », une version moderne de la French manucure classique.
En parallèle, dans toute la France, c’est la jeunesse lycéenne qui se réunit, s’insurge, revendique. Elle réclame plus de moyens afin de mener sa scolarité dans de meilleures conditions, exprime son mécontentement face à Parcoursup, un système jugé inégalitaire. Progressivement, ce sont les étudiants qui prennent le relais.
Selon le bilan actualisé par le ministère de la Justice, plus de 6 800 personnes, dont 86 % de mineurs, ont été mises en garde à vue entre le début du mouvement lycéen le 21 septembre et le jeudi 8 octobre. Des arrestations massives pour tenter de canaliser la jeunesse par le judiciaire et la privation de liberté.
Mais l’évènement qui marque le plus en cette rentrée par sa symbolique doit sans doute être celui du nouvel Hunger Games, les « Jeux de la Faim » en français, un univers dystopique ressemblant de plus en plus à notre actualité.
L’évènement Hunger Games au Musée Rodin crée le malaise
À l’occasion de la sortie en France du prochain préquel des « Hunger Games, Lever de soleil sur la moisson », le 18 novembre, le musée Rodin a été entièrement privatisé et décoré pour exposer quelques jours les plus beaux costumes des films. Pour ressembler le plus fidèlement possible aux soirées luxuriantes du Capitole décrites dans les livres, on a mis les petits plats dans les grands pour l’inauguration de l’exposition. Organisée en l’honneur des acteurs du film, la soirée réunit notamment des influenceurs et les plus grandes marques parmi ses invités.

Mais l’organisation d’un tel événement risque de laisser pour certains un goût amer dans la bouche. La distinction entre fiction et réalité en est troublante, alors qu’au même moment dans les rues de Paris, la colère des étudiants et lycéens se propage. Place de la Bastille, on voit des pancartes avec des citations tirées des mêmes Hunger Games : « Fire is catching », ou encore « Si nous brûlons, vous brûlerez avec nous », la fameuse phrase mythique que l’héroïne Katniss Everdeen hurle face à son gouvernement oppressif. À l’inverse, les chaînes d’information en continu comme celles de BFMTV et de CNews montrent en boucle des images de poubelles en feu, se focalisant sur la violence plutôt que sur les revendications des manifestants. Un traitement médiatique qui manipule le débat public.
Un Paris dystopique ?

Il y a une certaine ironie à voir fleurir les publications d’un « Capitole Glamour » avec costumes époustouflants, et où nappes dorées et flûtes de champagne sont de sortie, contrastant vivement avec la circulation massive de vidéos de CRS en 4×4 fonçant sur une foule de lycéens mineurs. Des vidéos qui sont allées jusqu’à interpeller le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. La porte-parole Shabia Mantoo a effectivement assuré, en ce vendredi 9 octobre, suivre avec « inquiétude » les « incidents » liés aux manifestations des lycéens en France, appelant au maintien de rassemblements pacifiques et, surtout, à un usage proportionné de la force.
De nombreux internautes, comme @21centurylovee sur X, qualifient d’indécente et d’« ironique » l’organisation de cet événement par les studios Lionsgate. Un fossé se creuse dans le pays, entre d’un côté les robes de soirée à strass et paillettes (on ne etrouvera pas plus cliché), et de l’autre, les images choquantes du jeune Eden, 14 ans, qui aurait eu les dents cassées par un tir lance-grenade porté par des CRS. La répression est sévère. Pour l’instant, on retient seulement l’allocution du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui s’est adressé aux Français le 7 octobre dernier dans une tentative d’apaiser la situation mais dont il exclut toute réponse concrète face aux revendications. Une cristallisation sans précédent, mais la tension pourrait retomber progressivement avec l’arrivée des vacances scolaires. Peut-être verrons-nous le mouvement repartir de plus belle, une nouvelle flamme, un nouvel engouement populaire, pour laisser place cette fois à l’équivalent de « gilets jaunes étudiants ».
Finalement, ce qu’on retiendra restera cet élément de cohésion entre tous les étudiants et lycéens, que ce soit dans les campagnes, les villes, les banlieues, et même dans les établissements privés intra-muros des grandes villes. On y voit une impulsion solidaire rappelant celle des gilets jaunes en 2018, et qui a conduit à une mobilisation de masse dans tout le pays le samedi 17 octobre 2026. Environ 800 000 personnes auraient défilé partout en France selon les derniers chiffres de la CGT et de l’Union Étudiante. Place de la République, l’Orchestre du Nouveau Monde, une association réunissant plus de 400 jeunes musiciens, s’est installée pour jouer la bande originale de « Hunger Games : La Révolte », dernier volet de la saga originale. Le concert, pacifique et autorisé par la préfecture, a duré une vingtaine de minutes malgré les gaz lacrymogènes tirés par les CRS à proximité, avant de devoir s’interrompre. Décidément, la réalité rattrape la fiction. Et dans ce qui s’apparente à un second souffle de rébellion digne de la saga des « Jeux de la faim », il ne reste qu’à espérer une chose : puisse le sort nous être favorable.




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