Au lendemain de l’annulation d’une grande partie de ses droits de douane par la Cour suprême des États-Unis, Donald Trump a décidé de contre-attaquer. Samedi 22 février, le président américain a annoncé porter à 15 % contre 10 % initialement prévus les nouveaux droits de douane mondiaux qu’il entend imposer avec effet immédiat.
L’annonce a été faite sur son réseau social, Truth Social. Dans un message virulent, le chef de l’État affirme agir après un « examen approfondi » de la décision rendue la veille, qu’il qualifie de « ridicule » et « antiaméricaine ».
Une riposte juridique express
Vendredi, la haute juridiction américaine avait invalidé la plupart des droits de douane instaurés par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche, estimant qu’ils dépassaient le cadre légal. Pour contourner cette décision, le président invoque désormais une loi commerciale de 1974 l’autorisant à imposer, pour une durée maximale de 150 jours, des droits pouvant atteindre 15 % en cas de « déficit important et grave de la balance des paiements ». Toute prolongation au-delà de cette période nécessiterait l’aval du Congrès.
Ce revirement en moins de vingt-quatre heures illustre, selon plusieurs observateurs internationaux, le caractère imprévisible de la politique économique américaine actuelle. Le quotidien espagnol El País évoque une stratégie « erratique et arbitraire ».
Une stratégie protectionniste assumée
Pour Donald Trump, les droits de douane constituent un levier central de sa politique économique. Ils doivent, selon lui, favoriser la relocalisation industrielle, réduire la dépendance aux importations et résorber le déficit commercial des États-Unis.
Mais les résultats tardent à convaincre. D’après The New York Times, les données économiques disponibles ne montrent pas de relocalisation massive de la production. Au contraire, plusieurs entreprises américaines se disent fragilisées par la hausse des coûts d’importation et l’instabilité des échanges.
Le magazine économique Fortune souligne de son côté que gouvernements et multinationales tentaient encore d’évaluer l’impact de la décision judiciaire lorsque la nouvelle hausse à 15 % est tombée, ajoutant à l’incertitude.
L’Europe entre prudence et fermeté
Sur la scène internationale, la réaction est mesurée mais vigilante. En France, Emmanuel Macron a salué l’existence de « pouvoirs et contre-pouvoirs » dans les démocraties, tout en réaffirmant sa volonté de défendre des règles commerciales « loyales » et non unilatérales.
À Berlin, le chancelier Friedrich Merz, attendu à Washington début mars, a annoncé que les États membres de l’Union européenne coordonneraient leur position dans les prochains jours. Selon la chaîne publique Deutsche Welle, l’objectif est d’élaborer une réponse commune face à l’incertitude américaine.
Pour Carsten Brzeski, économiste en chef chez ING Allemagne, la décision de la Cour suprême et la réaction présidentielle fragilisent la crédibilité de l’administration américaine. L’Union européenne pourrait adopter une « ligne dure » et envisager de renégocier l’accord commercial conclu en 2025 avec Washington.
Une incertitude durable
Malgré le camouflet judiciaire, Donald Trump semble déterminé à poursuivre son offensive protectionniste, quitte à accentuer les tensions commerciales mondiales. En relevant immédiatement ses nouveaux droits de douane à leur plafond légal, le président américain envoie un signal clair : la bataille commerciale ne fait que commencer.




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