
Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 février a eu lieu le Super Bowl LX. La grande finale de la National Football League (NFL) a opposé cette année les Seahawks de Seattle aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Cependant, les regards du monde entier ont plutôt été tournés vers le spectacle de la mi-temps, assuré cette année par le chanteur Bad Bunny. Un choix qui a rapidement suscité la désapprobation du président américain Donald Trump.
Le Super Bowl est l’un des évènements sportifs les plus regardés à la télévision, avec plus de 120 millions de téléspectateurs en moyenne chaque année aux Etats-Unis. Il réunit un public très large, allant bien au-delà des simples fans de football américain, ce qui en fait un moment médiatique majeur.
Le choix de Bad Bunny pour le Halftime Show
Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, est un artiste portoricain emblématique de la scène reggaeton. Il est propulsé à l’international en 2018 grâce au succès planétaire I Like It, en collaboration avec Cardi B et J Balvin. En 2023, il devient le premier chanteur en langue espagnole à voir l’un de ses albums (Un verano sin ti) nommés aux Grammy Awards dans la catégorie « album de l’année ». En 2020, il devient le premier artiste non anglophone le plus écouté de l’année sur la plateforme musicale Spotify, il l’est également en 2021, 2022 et 2025.
En étant le premier artiste latino à assurer seul le spectacle de la mi-temps du Superbowl, Bad Bunny devient un véritable symbole dans un contexte de fortes divisions politiques aux États-Unis. Originaire de Porto Rico, territoire américain non incorporé depuis 1917, l’artiste représente une population soumise aux lois fédérales, mais privée de représentation votante au Congrès et du droit de participer à l’élection présidentielle.
Un show centré sur des valeurs
« Je veux, bien sûr, amener beaucoup de ma culture sur scène », a déclaré l’artiste, lors d’une conférence de presse à San Francisco. Bad Bunny est un artiste engagé qui défend des valeurs radicalement opposées à celles de Donald Trump. Dans le clip de NUEVAYoL, sorti le jour de la fête nationale des Etats-Unis, il utilise l’intelligence artificielle pour faire prononcer à Donald Trump des excuses au peuple latino.
Lors de son discours de réception du Grammy Award de l’album de l’année le 1er février, le chanteur avait critiqué sur scène la politique migratoire répressive du président américain : « Avant de dire merci à Dieu, je vais dire : ICE dehors. Nous ne sommes pas des sauvages, nous ne sommes pas des animaux, nous ne sommes pas des extraterrestres. Nous sommes des humains et nous sommes des Américains. »
Bad Bunny a notamment préféré renoncer à se produire aux États-Unis pour sa tournée mondiale. Il craint de voir la police de l’immigration (ICE) débarquer devant les salles de concert. Sa tournée passera donc par l’Amérique latine, l’Australie et l’Europe entre novembre 2025 et juillet 2026.
Fidèle à lui-même, sa prestation témoigne de son attachement profond à la culture portoricaine. Bad Bunny a chanté uniquement en espagnol, une première dans l’histoire de la mi-temps du Superbowl. Des décors de champs de canne à sucre, du salon de manucure au vendeur de rue; l’artiste a mis en lumière un héritage portoricain ouvrier et rural, enrichi de références au folklore de la communauté latino-américaine. Il choisit de faire de la politique par la culture, la mise en scène et le collectif. Jamais seul sur scène, il a été accompagné de figures emblématiques telles que Lady Gaga, Cardi B, Ricky Martin et Pedro Pascal. Le spectacle s’achève sur un message d’espoir et d’unité. Après avoir énuméré les pays du continent américain, l’artiste révèle l’inscription figurant sur le ballon de football américain qu’il tient en main : « Ensemble, nous sommes l’Amérique ». Le message est clair, l’Amérique ne se limite pas aux Etats-Unis. Bad Bunny donne ainsi une visibilité mondiale à la voix de peuples marginalisés.
La réaction politique : les critiques de Donald Trump
Donald Trump a vivement critiqué le choix de Bad Bunny pour assurer le spectacle de la mi-temps. « Je pense que c’est un très mauvais choix. Tout ce que cela fait, c’est semer la haine. C’est terrible », a-t-il déclaré dans un entretien accordé au New York Post en janvier. Alors qu’il avait assisté au Super Bowl l’année précédente, le président américain a cette fois choisi de ne pas se rendre à l’événement. Son administration avait par ailleurs menacé de mobiliser l’ICE, afin d’effectuer des contrôles parmi les spectateurs.
Peu après la performance de l’artiste portoricain, Donald Trump a qualifié sa prestation d’ »affreuse » et d’ »affront à la grandeur de l’Amérique ». « Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type et les danses sont dégoûtantes », a-t-il affirmé. Pourtant, plus de 41 millions de personnes parlent espagnol aux Etats-Unis, selon les derniers chiffres officiels du Centre d’étude sur l’immigration.
En parallèle, les milieux conservateurs ont organisé leur propre concert, baptisé The All American Halftime Show. Présenté comme une célébration de « la foi, la famille et la liberté », ce concert a été mis en place par Turning Point USA, l’organisation conservatrice fondée par
Charlie Kirk. Quatre artistes s’y sont produits : Kid Rock, Brantley Gilbert, Gabby Barrett et Lee Brice. Tous évoluent dans l’univers de la musique country et affichent ouvertement leur soutien à Donald Trump. Ce show “anti mi-temps” a attiré jusqu’à six millions de spectateurs simultanés sur YouTube dimanche soir.
Le spectacle de mi-temps du Super Bowl dans l’histoire
Ce n’est pas la première fois que des performances au Super Bowl ont été des moments politiques et sociaux forts. En 2016, entourée de ses danseuses grimées en Black Panthers (mouvement afro-américain né en 1966 revendiquant avec force l’émancipation des noirs américains), Beyoncé est parvenue, à ce moment-là, à imposer la cause « Black Lives Matter ». Dix ans plus tard, l’enjeux de ce show est encore plus immédiat : Bad Bunny monte sur scène alors que plusieurs milliers de ses fans vivent dans la peur constante des rafles.
Bad Bunny nous a offert une victoire symbolique extrêmement importante : rendre visibles ceux que certains voudraient réduire au silence.



Laisser un commentaire