Reprise ce lundi après une pause d’un peu moins d’un mois en raison des élections municipales, la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale n’a pas manqué de faire parler depuis son lancement le 25 novembre dernier.

Une commission d’enquête inévitablement politique ?  

Lors de la première réunion de la commission le 25 novembre 2025, le président Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons et Indépendants, avait affirmé que cette commission ne serait pas « un cabaret du monde, où chacun vient faire son numéro » mais qu’elle serait un « débat impartial et pluraliste ». Il rappelait également que cette commission avait été créée à l’initiative de l’Union des droites pour la République, présidée depuis 2024 par Éric Ciotti, qui avait invoqué son « droit de tirage », droit qui permet à chaque groupe parlementaire la création d’une commission d’enquête par an. 

Certains partis affichent la volonté de privatiser l’audiovisuel public et c’est le cas de l’UDR. Le porte-parole du parti et rapporteur de la commission, Charles Alloncle, affirme toutefois dans un entretien pour Le Point qu’au « risque de vous surprendre, je crois en notre audiovisuel public. Il a été une grande fierté nationale. […] Mon travail n’en est que le révélateur et peut-être l’électrochoc qui contribuera à sauver l’audiovisuel public. » Il entend alors révéler les dérives qui mettent à mal l’audiovisuel de nos jours, au vu de la somme de 4 milliards d’euros qui lui est dédiée chaque année.

La commission d’enquête est malgré elle le théâtre des divergences entre les groupes politiques. À l’occasion des questions des représentants des groupes lors de l’audition du journaliste de France Inter et chroniqueur pour France 5 Patrick Cohen, Anne Sicard, représentante du Rassemblement national, affirme qu’elle est « abonnée contrainte des médias publics » car contrairement aux médias privés, elle n’a pas choisi de financer les médias publics et elle demande au journaliste « Qui êtes-vous Monsieur Cohen ? Un journaliste des services publics ou bien un militant public payé par l’argent des Français ? ». Ayda Hadizadeh, représentante du Parti socialiste, profite de ses deux minutes de parole pour indiquer à Anne Sicard « J’espère que la prochaine fois que vous parlerez d’hôpital et d’école, vous vous qualifierez aussi d’abonnée forcée ». 

Un climat qui peut être sous tensions

C’est une commission d’enquête qui est marquée par des divergences et des discordes. Le pluralisme des idées et des interventions est à l’honneur mais ceci n’est pas sans compter des échanges qui peuvent se montrer tendus. 

La séquence de la discorde et la suspension de la commission du 4 février 2026 a notamment fait le tour des réseaux sociaux. « Mais Jérémie franchement, mais qu’est-ce que tu fais là ? » s’insurge le rapporteur de la commission envers le président, après que ce dernier a décidé de suspendre l’audition en cours dans l’après-midi. 

Cette action intervenait après la qualification par Charles Alloncle de Mediawan comme un média étranger, en avançant qu’une majorité de ses actionnaires étaient étrangers. Ceci était contesté par Jérémie Patrier-Leitus qui a assuré que Mediawan était français dès lors que son siège social était localisé en France. Une suspension de l’audition a dès lors été observée, le président de la commission jugeant fallacieuse l’hypothèse, émise par le rapporteur, d’un quelconque lien entre sa personne et Mediawan. 

Ce n’était pas la première fois que le président de la commission et le rapporteur partageaient des avis divergents. Le député Horizon s’est vu plusieurs fois reprendre le rapporteur dans sa manière de poser les questions, lui rappelant qu’il s’agissait d’une commission d’enquête menée par l’Assemblée nationale et non un procès fait aux auditionnés. Le 18 décembre dernier, le président ne manquait pas de tonner : « vous savez en France il y a la séparation des pouvoirs qui garantit l’État de droit. Il y a la justice, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Ici on est dans une commission d’enquête du pouvoir législatif de l’Assemblée nationale ». 

© Site de l’Assemblée nationale – Plateau de télévision | Shutterstock – Spech

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