Chaque samedi, au cœur du 13ème arrondissement de Paris, les bénévoles de l’association « Dans Ma Rue » partent à la rencontre des personnes sans-abri. Avec l’organisation de maraudes hebdomadaires, ils cherchent à lutter contre l’isolement de ceux qui dorment à la rue, en développant un lien fondé sur l’écoute et le dialogue.
Ce samedi après-midi, un brouhaha étouffé s’élève dans la silencieuse rue Louise Weiss, au cœur du 13ème arrondissement de Paris. Devant les locaux de Resoquartier, une vingtaine de silhouettes en sweat vert sapin se rassemblent peu à peu : ce sont les bénévoles de l’association « Dans Ma Rue ». À 14h, comme chaque semaine, la préparation de la maraude commence. Sous le regard d’Anna et Kevin, les co-responsables de l’antenne, les sacs de nourriture passent de main en main, les caddies se remplissent et l’itinéraire de chaque équipe est délimité. Une fois le briefing collectif achevé, chaque équipe dispose de trois heures pour arpenter les rues du quartier et aller à la rencontre des bénéficiaires. Pour Anna, Kevin, Mathilde et Moka – le petit Cavalier King Charles d’Anna et mascotte de l’association – ce sera le parcours « Olympiades ».
À 27 ans, Mathilde, employée dans une agence de tourisme, est la cheffe de groupe du jour. Une mission qu’elle assume avec sérieux tandis qu’elle guide son équipe vers la station « Bibliothèque François Mitterrand », sur la ligne 14. Kevin insiste pour faire tourner ce rôle chaque semaine afin de « responsabiliser tout le monde ». Et chez Mathilde, la consigne semble parfaitement saisie. Originaire de Venise, elle a été frappée, en arrivant dans le quartier, par le nombre de personnes dormant dehors. Pour cette jeune femme souriante, s’engager dans l’association est une contribution simple mais utile. « Même cinq minutes de discussion font du bien, et les bénéficiaires sont très reconnaissants », souligne-t-elle.
Devant les boulangeries et les façades d’immeuble, aux abords de la Galerie Olympiades et du tramway Parc de Choisy, les rencontres se succèdent. À chaque arrêt, la routine est la même : s’approcher de la personne en difficulté et engager la conversation ou, pour les habitués, les appeler par leur prénom et prendre de leurs nouvelles. Parmi eux, Nathalie, la cinquantaine, habituée des maraudes et frappée par une grande précarité. Elle prend un gobelet de café tandis que d’autres personnes s’approchent, attirées par les thermos fumants et l’odeur appétissante des soupes de légumes préparés par les bénévoles le matin même. Les uns échangent un sourire et remercient chaleureusement l’équipe ; d’autres parlent à peine, simplement soulagés de se réchauffer quelques instants alors que le froid tombe sur la capitale. Kevin, lui, veille à leur proposer des vêtements thermiques : « Avec les vagues de froid, c’est indispensable », insiste-t-il. Avant d’ajouter, avec un sourire hésitant : « On n’a pas de solution miracle, mais on offre une coupure dans leur quotidien et on retisse un peu de lien social ».
Plus loin, l’équipe retrouve Lilia, une octogénaire en situation de précarité. Emmitouflée sous plusieurs couches de vêtements, l’écharpe remontée jusqu’aux joues et un masque chirurgicale noir plaqué sur le nez, elle ne laisse apparaître que ses yeux. Ses mains, sans gants, sont légèrement bleuies par le froid. Après quelques minutes d’échange, elle tend un pot de confiture recyclé à Mathilde et lui demande simplement de le remplir de café en poudre. Pendant qu’elle s’exécute, la bénéficiaire leur lance : « Santé, bonheur, amour, c’est tout ce que je vous souhaite. » En s’éloignant, Mathilde souffle : « Chaque rencontre est spéciale, mais voir des personnes âgées dans cette situation, ça fait mal au cœur. »
Sur le chemin du retour, seul le bruit entêtant du caddie roulant sur le sol trouble le silence de la rue. Sous un tunnel mal éclairé, l’équipe croise un dernier homme. Il titube, une bouteille de vodka à la main, marmonnant des paroles inaudibles. Alors que la distance se réduit, Kevin intervient calmement. Un sourire et quelques plaisanteries suffisent à désamorcer la situation et faire reculer l’homme. Cette rencontre imprévisible ramène l’équipe à la brute réalité de la rue. Et pourtant, les bénévoles de « Dans Ma Rue » choisissent de se focaliser sur ce qu’ils peuvent offrir : une main tendue à ceux qui dorment dehors.

© BLONDET Fanny





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