Depuis les années 2000, une nouvelle activité fait son apparition : l’esport. D’abord considérée comme superflue, cette nouvelle industrie culturelle prend aujourd’hui de plus en plus de place. Reconnue comme un sport à part entière depuis 2016, elle pourrait bientôt devenir une discipline olympique.

L’esport c’est quoi ?

Contraction du terme anglais « electronic sport », l’esport désigne la pratique des jeux vidéo en compétition. Ces tournois sont nombreux et amènent à de véritables championnats nationaux et internationaux. Il existe des centaines de jeux sur différents thèmes mais certains sortent du lot. C’est le cas de Call of Duty, Fortnite, Rocket League ou encore League of Legends (LoL). Quand certains sont axés sur le fait de survivre et de combattre, d’autres consistent à gagner un match de football à l’aide d’une voiture ou à redécouvrir l’histoire. 

L’esport est apparu dans les années 1990 avec les premiers jeux en réseau multi-joueurs et sur Internet. La professionnalisation de la discipline a commencé en 1997 avec la création de la « Cyberathlete Professional League ». Les jeux électroniques ont vu leur influence croître dans les années 2000. Ils ont pris en notoriété et ont commencé à être reconnus dans plusieurs pays en commençant par la Corée du Sud. L’esport s’impose désormais comme une discipline sportive à part entière et conquiert un public de plus en plus large. Selon le Ministère des Sports, en 2023, plus de 11 millions de Français pratiqueraient ou consommeraient de l’esport soit 23% des personnes âgées de 15 ans et plus.

L’esport soigne son image grâce aux stars et aux sponsors

Pour gagner en légitimité, l’esport fait appel à des célébrités et à des hommes reconnus dans le milieu pour se légitimer. Par exemple, en octobre 2025, Call of Duty dévoilait son nouveau trailer avec le chef Philippe Etchebest. Miser sur le cuisinier multi étoilé de Top Chef n’est pas anodin et montre au contraire la volonté des jeux vidéo américains de toucher un public plus large en France. D’autres stars sont des fans de jeux vidéo et transmettent leur passion sur leurs réseaux sociaux. Drake, rappeur canado-américain, est devenu un des principaux actionnaires de l’équipe 100 Thieves spécialisée dans des jeux comme LoL, Valorant ou encore Call of Duty.

Cette recherche d’un public plus large ne fonctionne pas que dans un sens. Certaines entreprises assument également sponsoriser l’esport pour toucher un public plus large. C’est le cas du CIC qui est devenu depuis 2019 un partenaire officiel de la Ligue Française League of Legends. Claude Koestner, directeur général adjoint de l’entreprise, a affirmé à L’Equipe qu’« il fallait se renouveler » et « permettre au plus grand nombre de s’intéresser à la pratique ». Malgré une reconnaissance progressive, l’esport manque encore parfois de légitimité et ces partenariats sont les bienvenus. Ils permettent à la discipline de disposer de leurs propres sponsors comme des équipes de football ou de basketball. 

Une préparation physique exigeante pour des athlètes de haut niveau 

Contrairement à ce que ses détracteurs pensent, les joueurs d’esport ne sont pas des fainéants qui restent derrière leur écran toute la journée. Au contraire, les jeux vidéo de haut niveau exigent une activité physique régulière pour ne pas mettre fin à une carrière précocement. Des professionnels spécialisés sont présents dans chaque équipe de haut niveau et accompagnent les joueurs au quotidien. 

L’esport est une discipline exigeante qui impose un bon niveau de jeu. Cependant, la position assise et les 400 mouvements par minute réalisés sur clavier demandent aussi une préparation physique pour compenser cet exercice. Afin d’éviter les douleurs de dos ou les tendinites, blessures les plus fréquentes, les esportifs réalisent une heure d’entraînement physique par jour. Chaque séance est axée sur un objectif en particulier, qui peut aller de la concentration et de la réactivité à l’étirement des muscles les plus sollicités. 

Au sein d’équipes professionnelles, des coachs en nutrition et des coachs de vie sont aussi présents pour accompagner les joueurs tout au long de la saison.  La majorité des joueurs professionnels de esport dorment huit heures par nuit et mangent de façon équilibrée pour se maintenir en forme. Raynald Choquet, ex-préparateur physique de volleyball, a rejoint la team Vitality, leader de l’esport français, pour les accompagner. Cette transition du monde du sport à celui de l’esport montre bien l’importance de la préparation physique dans ce milieu et la fine frontière entre sport « traditionnel » et sport en ligne.

Des compétitions régulières à une échelle de plus en plus grande

© CORENTIN BOUTRIGE/KARMINE CORP

En France, les compétitions d’esport sont de plus en plus fréquentes et accueillent un public de plus en plus large. Des évènements sont organisés par les équipes d’esport elles-mêmes pour réunir leurs fans lors d’un évènement exceptionnel. Par exemple, Kameto, co-fondateur de la Karmin Korp, a organisé à plusieurs reprises le KCX. En 2024, l’événement a réuni plus de 28 000 personnes venues former le « blue wall » pour affronter les espagnols sur trois jeux différents. Cette ambiance festive d’ultras se retrouve aussi dans le sport de haut niveau comme le football et insiste sur l’aspect fédérateur de l’esport. 

En dehors de ces évènements festifs, d’autres compétitions officielles se sont déroulées en France. En septembre 2025, Lyon a accueilli les Rocket League World Championship, la compétition la plus importante sur le jeu où les meilleures équipes internationales s’affrontent. Cet évènement a accueilli plus de 10 000 fans francophones qui ont réservé leurs places à l’instant même où elles sont sorties. La France accueille d’autres compétitions internationales très prestigieuses et maintient son statut de leader de l’esport en Europe. L’Hexagone n’est pas le seul organisateur de ces tournois et d’autres pays accueillent également des compétitions internationales d’esport. C’est le cas de la Corée du Sud, considérée comme le royaume de l’esport, qui domine des disciplines comme League of Legends (LoL) et Overwatch. En 2023, elle a survolé les Jeux Asiatiques sur LoL et se positionne comme une institution de l’esport.

À force d’attirer un public de plus en plus large et de générer des revenus s’élevant à plus de 2 396 millions de dollars, l’esport a commencé à attirer l’œil du CIO, le Comité International Olympique, qui organise les Jeux Olympiques. Bien que l’idée d’allier sport et esport dans une même compétition ne soit pas encore à l’ordre du jour, le président du CIO, Thomas Bach, a ouvert la voie en 2024 à la création de JO dédiés à l’esport. En 2025, le projet a finalement été validé et devait se tenir en Arabie Saoudite. Cependant, l’organisation vient de renoncer à organiser les premiers jeux d’esport en 2025 et reporte le projet à Ryad en 2027. Cette décision reflète des problèmes plus larges d’organisation comme qui seront les diffuseurs ? Comment constituer les équipes nationales ? Comment organiser des contrôles anti-dopage ? Ce report est vu comme une décision pleine de recul pour que ces nouveaux Jeux Olympiques se déroulent dans les meilleures conditions. Les esportifs ont désormais deux ans pour s’entraîner et espérer participer à une compétition organisée par un comité à l’origine dédié au sport.

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