Il y a un peu plus d’un an, le président du parti Les Républicains annonçait, sur le plateau du 20h de TF1, son rapprochement avec le Rassemblement National. Sa prise de parole faisait l’effet d’une onde de choc. Une suspicion généralisée gagnait les rangs républicains, les frondeurs étaient mis en porte à faux, et leur leader, acculé de toutes parts, s’enfermait derrière les murs du siège de son parti.

Si l’événement était d’abord présenté comme « un bug », une anomalie dans un parti ayant sans cesse cultivé sa différence avec le RN,  il se pourrait que nous nous soyons collectivement trompés. Advenue trop tôt, sans relais de poids, avec un agenda politique trop serré … L’échec Ciotti pourrait bien être la conséquence d’une erreur stratégique, davantage de forme que de fond, et le reflet d’une tendance qui ronge de l’intérieur le parti depuis plusieurs années déjà.

Encore une histoire de « ni, ni » !

En 2002, Jacques Chirac se retrouvait au second tour de l’élection présidentielle face à Jean Marie Le Pen. L’occasion se présentait alors pour la droite « traditionnelle » de clarifier les différences idéologiques qui l’opposait à l’extrême droite. Un leader ayant été condamné pour négationnisme, accusé de torture pendant la guerre d’Algérie, un parti non seulement taxé d’incompétence, mais qui inspirait chez ses opposants de « l’intolérance et de la haine » (Chirac 2002). Les arguments pour le disqualifier étaient nombreux, pourtant c’était une autre stratégie qui était adoptée : d’abord une phrase forte, restée célèbre : « pas d’alliance avec le FN, quel qu’en soit le prix politique » (Chirac 2002), puis le refus d’une rencontre, débattre serait leur accorder du crédit et du temps d’écoute, un exercice auquel Chirac se refusait.

Le premier à mettre à mal cette imperméabilité initiale ne fût autre que Nicolas Sarkozy. Alors ministre de l’intérieur, il aspirait à être l’homme fort du gouvernement et, pour ce faire, il n’hésitera pas à durcir certaines de ses prises de position. Plus frontalement encore, et tandis que la droite se retrouvait au second tour face à la gauche le 22 avril 2007, Nicolas Sarkozy n’avait aucune réticence à tenter de s’attirer la sympathie de l’électorat FN en reprenant certains des thèmes chers à ce dernier. La stratégie dite du « ni, ni » chiraquienne – ni accord, ni confrontation directe – fut pour la première fois fragilisée.

Le piège d’un « en même temps » ?

Depuis, le temps a passé. Le Front National est devenu Rassemblement National, symbole d’un efficace travail de « dédiabolisation », puis de « normalisation » – actant le passage d’une faible base militante au premier parti de France en nombre de députés. Aussi, le « moment Macron » a eu pour effet de capter une large partie de l’électorat LR, reclassant le parti dans les tréfonds de nombreux résultats électoraux. Conscients que leur bateau prenait l’eau et que leurs thématiques étaient captées de tous bords, les LR ont dû changer de cap. Mais malgré un durcissement identitaire et sécuritaire remarqué, le parti n’a pas su imprégner le paysage politique par la singularité qu’il revendiquait.

Alors, et comme Nicolas Sarkozy avait cherché à le faire avant eux, les LR ont voulu faire parler d’eux. C’est ainsi que incarné par Bruno Retailleau les députés LR ont poursuivi leur rapprochement idéologique avec l’extrême droite, permettant par là-même au RN en 2025 de trouver un allié pour faire entrer la « préférence nationale » dans la loi, supprimer le droit du sol à Mayotte, refuser la réforme Zucman ou encore – la semaine dernière – adopter un texte directement tiré du programme présidentiel du RN. Parallèlement et sans craindre le ridicule, les LR se sont également rêvés en alliés de circonstances d’un parti présidentielle sans majorité. Le résultat : un parti devenu incolore, accusé par les uns d’être responsable de l’héritage Macron et, par les autres, de s’être allié à l’extrême droite. À la stratégie du « ni, ni » s’est donc substitué un « en même temps », ayant pour effet de dissoudre un peu plus encore une identité déjà en déclin.

Vers une renaissance par l’union ?

Il s’en est suffi de peu, d’une simple étincelle sur un sol sec, appauvri par une perte d’identité et la vaine envie de retrouver sa brillance d’antan. Celle-ci fut jetée par une prise de parole du chef Retailleau. En appelant implicitement à voter pour un candidat RN plutôt que pour son opposant issu des rangs du PS dans le cadre d’une législative anticipée, Bruno Retailleau  a provoqué un incendie qu’il ne sera pas simple de maîtriser. Des figures de la droite gaulliste, telles que Nicolas Sarkozy ou Roger Karoutchi, disent que le RN se trouve dans « l’arc républicain ». Plus encore, et actant que ce qui les sépare aujourd’hui ne serait plus une différence de nature mais de degré, le sénateur Stéphane Ravier, dans une interview à Sud radio du 14 octobre 2025, déclarera «il n’est plus insurmontable de nous mettre d’accord », appelant dans la foulée dans un post sur instagram à « un gouvernement de coalition des droites », défendu ainsi : « il va falloir répondre à l’aspiration des Français d’avoir UNE politique des droites. Mais personne ne gagnera seul et ce n’est plus insurmontable de nous mettre d’accord. Je veux croire que l’union des droites finira par arriver. »

La conjecture a changé. En Israël, en Italie ou encore aux États-Unis, l’étape a été franchie. En France, l’alliance semblait jusqu’à présent être le monopole de la gauche mais après tout, pourquoi ne pas essayer si, aux quatre coins du monde, l’expérience est couronnée de succès ? D’autant que Jordan Bardella est favorable à l’« union la plus large possible » et que les « sympathisants LR », à en croire un sondage IFOP réalisé pour le journal Valeurs Actuelles, seraient à 82 % favorables à une coalition gouvernementale des droites.

Ouverture

Une alliance LR-RN permettrait à la droite de se débarrasser de « l’héritage Macron », d’acter ce qui s’apparente désormais à une rencontre idéologique et, enfin, de remporter une élection afin de retrouver une gloire passée. Pour le parti qui se réclame du gaullisme, ce serait respecter davantage sa base militante dont une partie réclame avec insistance cette stratégie. Les pressions seraient trop fortes, leurs points communs trop étroits,  la perspective de victoires futures trop alléchante pour écarter l’hypothèse d’une union imminente.

La seule certitude, une dissolution ou une démission du chef de l’État aurait pour effet de précipiter son avènement. Le terrain, désormais fertile, soutenu par des relais politiques influents et poussé par l’urgence d’un retour à la stabilité – l’union des droites ne pourrait alors qu’advenir et l’échec Ciotti être requalifié de geste précurseur. 

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