Entre les deux pays scandinaves, le détroit de l’Øresund n’est plus une barrière depuis les années 2000. Alors que les trains et les voitures circulent sur l’Øresundsbron, un fossé économique persiste entre les deux rives : d’un côté, le plein emploi danois ; de l’autre, une Scanie suédoise en proie à un chômage record.
L’histoire de l’Øresundsbron est celle d’un compromis, jusque dans son nom, séparé des deux pays scandinaves : le Danemark et la Suède par un détroit. Le nom du pont vient de la contraction du danois Øresund et du suédois bron (le pont), cet ouvrage hybride de 16 kilomètres, mêlant pont à haubans, île artificielle (Peberholm) et tunnel sous-marin. Les travaux ont nécessité cinq ans de travaux de 1995 à 1999.
Le 1er juillet 2000, l’image de la reine Marguerite II de Danemark et du roi Charles XVI Gustave de Suède inaugurant l’ouvrage marquait le début d’une ère nouvelle. Avant même l’ouverture au trafic, près de 80 000 coureurs avaient foulé le bitume lors d’un semi-marathon historique, symbole de l’enthousiasme populaire pour ce lien direct entre Malmö et Copenhague.
Le marché du travail : l’enjeu principal
Vingt-cinq ans plus tard, le pont est devenu de plusieurs contrastes entre les deux régions. Dans la Scanie (Sud de la Suède), les chiffres sont alarmants : la ville de Perstorp affiche un taux record du chômage atteignant 13,2 %, tandis que Malmö stagne à 12,3 %. C’est le taux le plus élevé du pays.
À l’inverse, de l’autre côté du détroit, Copenhague rayonne. Avec une croissance économique robuste et un taux de chômage tombé à 2,5 %, mais la capitale danoise fait face à une pénurie de main-d’œuvre alarmante. Pour les entreprises danoises, la solution pourrait venir de l’autre côté de la rive, de nombreux travailleurs suédois empruntent ce pont de plus de 7845 mètres, mais le flux de travailleurs reste freiné par des obstacles administratifs. Pour les Suédois, traverser le détroit n’est plus seulement une opportunité de carrière, c’est aussi un gain financier massif. La couronne danoise (DKK) étant bien plus forte que la couronne suédoise (SEK), un salarié résidant à Malmö mais payé à Copenhague voit son pouvoir d’achat bondir instantanément lors de la conversion de son salaire, ce qui rend l’attractivité de la ville de Malmö d’autant plus important.

Entre opportunités immobilières et murs administratifs
Le trafic sur le pont a connu des vagues successives. Si les débuts furent timides en raison d’un coût de traversée élevé, les années 2005-2006 ont marqué un tournant. De nombreux Danois, fuyant les prix exorbitants de l’immobilier à Copenhague, ont choisi de s’installer en Suède tout en conservant leur emploi au Danemark.
Aujourd’hui, le mouvement inverse s’installe : des milliers de demandeurs d’emploi suédois admirent les salaires attractifs du Danemark. Cependant, la traversée n’est pas qu’une question de minutes de train. Parfois, le trajet peut durer de 1h à 2 heures pour rejoindre la capitale danoise depuis Malmö. La troisième ville de Suède fait face, depuis quelques années, à une montée de la délinquance qui pousse de nombreux habitants à franchir le pas de l’exil vers la rive danoise, transformant le pont en une porte de sortie vers une sécurité plus stable.
Au-delà de l’insécurité, un autre « mur » invisible freine l’intégration : la barrière linguistique. Bien que le suédois et le danois soient historiquement cousins, la compréhension orale reste un défi quotidien dans les bureaux de Copenhague, limitant parfois les Suédois à des postes moins qualifiés. De nombreux suédois, à côté de leur emploi, se lancent dans l’apprentissage de la langue danoise.
Toutes ces difficultés sont renforcées par des systèmes de sécurité sociale qui diffèrent radicalement. Depuis le 1er octobre, le ministre des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a d’ailleurs durci les règles : le salaire minimum exigé pour un permis de travail au Danemark va doubler, passant à 26 500 couronnes ( environ 2500 euros). Une mesure décriée par les entreprises qui craignent de voir la pénurie de main-d’œuvre s’aggraver. Malgré ces frictions linguistiques et sécuritaires, les chiffres prouvent l’indispensabilité de l’ouvrage. Selon Forbes, plus de 20 000 personnes traversent le pont quotidiennement pour se rendre soit dans la capitale danoise soit à Malmö.
Vers une métropole transfrontalière européenne
Pour briser ces barrières invisibles entre ces deux régions, le projet politique Greater Copenhagen travaille à l’harmonisation fiscale et administrative entre la Scanie et l’Est du Danemark. L’objectif est de transformer cette région en une métropole capable de rivaliser avec Hambourg ou Stockholm, notamment en facilitant le télétravail des frontaliers, un point crucial depuis la pandémie. L’avenir du pont s’inscrit également dans une vision européenne plus large. Avec l’ouverture prévue en 2029 du tunnel de Fehmarn Belt (reliant le Danemark à l’Allemagne), l’Øresundsbron deviendra le point central d’un échange ferroviaire continu reliant Oslo et Stockholm directement à Berlin.




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