À l’approche des fêtes d’halloween, plusieurs châteaux privés en France organisent des événements sur le thème de l’horreur pour gagner en notoriété. A deux semaines d’Halloween, Xavier Lelevé, Isabelle de Virieu et Benoît Deron, trois propriétaires de châteaux, ont accepté de nous expliquer leurs motivations.

Salle des mannequins, Château de Meung-sur-Loire, Halloween 2022, copyright château de Meung-sur-Loire

Nous sommes en octobre, les jours s’écourtent, les températures retombent, le ciel est gris, Halloween approche. Une fête associée à l’effroi, au surnaturel, mais surtout aux lieux hantés. Les châteaux, chargés d’histoires et de légendes apparaissent alors comme des décors privilégiés pour se faire peur. Difficile d’oublier l’angoisse suscitée par les couloirs sinueux et sombres du château du comte Orlok dans Nosferatu.

En France, les châteaux privés se saisissent de l’engouement provoqué par la fête et organisent des événements : visites à thème, mystères à résoudre… pour satisfaire leur public mais aussi pour continuer de faire vivre leurs châteaux dont l’entretien peut être coûteux. Avec les témoignages des trois châtelains, nous allons découvrir comment les châteaux font rayonner un patrimoine local à Halloween.

Une période avantageuse dans une saison creuse

Les vacances de la Toussaint sont une période privilégiée pour les musées et châteaux : le temps ne permet pas forcément de faire des activités en extérieur et peu de personnes voyagent hors de France à cette période de l’année. En 2024, Atout France, l’agence de développement touristique de la France déclare que 36% des français interrogés sont partis pendant les vacances de la Toussaint et que parmi eux, près de 85% auraient privilégiés une destination française.

Ainsi, ces vacances sont idéales pour partir à la découverte du patrimoine local. Isabelle de Virieu châtelaine du Château de Pupetières à Châbons en Isère confie qu’à cette période de l’année, le château subit moins la concurrence des activités estivales et des parcs d’attractions. Le public du château à cette époque est composé soit de grands-parents cherchant des activités culturelles à prix bas pour leurs petits-enfants soit un public majoritairement local. En organisant des événements pour Halloween, les châteaux retrouvent du public dans une période creuse. Par exemple, le château de Meung-sur-Loire dans le Loiret, qui en 14 après-midis de visites à thème, accueille près de 10 000 visiteurs, un chiffre qui se rapproche de sa fréquentation en été.

Affiches des fêtes d’Halloween au château de Septème

Satisfaire la demande d’un nouveau public

Il n’est pas toujours aisé de trouver des activités saisonnières hors des grandes villes et c’est pourquoi, les châteaux privés font face à une demande de leur public. Ainsi, le château de Pupetières organise des animations depuis trois ans comme des chasses aux fantômes pour les jeunes de 3 à 9 ans pendant les vacances. Cette année, à la demande des adolescents et des jeunes adultes, une animation Cluedo réservée aux plus de 16 ans est organisée. Cette demande reflète sans doute le besoin d’activités des jeunes des villages alentour à l’approche d’Halloween. Le château de Septème, dans le Dauphiné, souhaite également « répondre aux attentes des visiteurs qui aiment cette fête », explique Benoît Deron, le propriétaire du château, lors de notre entretien.

Ces événements sont aussi l’occasion d’élargir le public des châteaux. C’est pourquoi, les amis du château de Pupetières déposent des flyers dans les commerces de proximité et les villages alentour. Du côté du château de Meung-sur-Loire, les réseaux sociaux comme Instagram semblent drainer un public plus jeune. Toutefois, l’idée est surtout d’attirer « des personnes qui ne viendraient pas forcément faire une visite plus historique ou patrimoniale » confie Benoît Deron.  Ainsi, ouvrir ses portes pour les fêtes d’Halloween élargit le panel du public. C’est aussi une occasion d’occuper les enfants qui sont « de bons inducteurs d’achat qu’il faut occuper » souligne le propriétaire du château de Septème.

Néanmoins, ces activités représentent un coût élevé pour les châteaux et ne permettent pas de rénover les édifices mais plus d’assurer leur entretien. Ainsi, c’est bien plus un enjeu de notoriété qui pousse les châtelains et châtelaines à organiser ces activités. En accueillant un public avec une visite attractive et qualitative, les châteaux fidélisent leurs clients, et bénéficient du bouche à oreille. Ce dernier permettra la venue d’un nouveau public pour des événements plus rentables comme des séminaires d’entreprise ou des mariages. 

Une mission pédagogique de perpétuation du patrimoine

Mais ce qui ressort aussi, c’est l’envie de faire découvrir le patrimoine culturel français aux enfants. Organiser des événements pour Halloween avec des acteurs et des décors travaillés est un moyen détourné de faire découvrir le patrimoine à un public plus jeune. Le château devient un lieu de mise en scène merveilleux.

Du côté du château de Meung-sur-Loire qui organise des événements pour les familles du 18 octobre au 9 novembre, c’est la notion de transmission qui est au centre de ses activités, explique le châtelain Xavier Lelevé lors de notre entretien téléphonique.  Pour lui ces événements sont l’occasion de donner à la culture une forme de loisir : « La visite ne doit pas être une punition, la culture doit être avant tout un loisir », nous dit-il.

En permettant aux jeunes de s’approprier ces lieux, il est possible d’espérer que le patrimoine français et sa préservation perdureront pour que les châteaux ne deviennent pas de simples ruines à l’arrière-plan de nos films d’horreur favoris. 

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