Le 17 février 2026, a été publié le numéro de mars d’Interview magazine ce numéro offre une interview de Robert Pattinson et Zendaya qui discutent entre autres de leur film The Drama réalisé par Kristoffer Borgli et qui sortira le 1er avril 2026. Mais ce qui retient notre attention au-delà de l’interview c’est le shooting des deux acteurs signé Nadia Lee Cohen. Les images des deux célébrités portant une perruque blonde dans un décor vintage rappellent l’esthétique des films hollywoodiens des années 80.

© Nadia lee cohen
Un retour des années 80
Alors que les années 80 font leur retour sur les podiums de la Fashion Week de Londres, qui a commencé le 19 février 2026 et se terminera le 23 février, avec des pièces imposantes et des looks ceinturés, c’est une autre facette de cette époque que donne à voir Nadia Lee Cohen.
La photographe semble prendre le contrepied d’une tendance des interviews actuelles avec des célébrités accessibles misent en scène dans un décor familier. En effet, son shooting met en scène Zendaya et Robert Pattinson dans un appartement dont les papiers peints, la moquette et les meubles vintage nous ramènent dans le décor nostalgique des années 80. C’est aussi et surtout le look des stars qui nous interpelle : les deux portent une perruque, une permanente blonde oxygénée, un rouge à lèvre rouge, des yeux charbonneux, un fond de teint pâle et un blush exagéré. Difficile de ne pas reconnaître les traits de ces femmes fatales mélancoliques, inaccessibles et solitaires des films des années 80. On peut penser à cette scène marquante de Paris, Texas (1984) réalisé par Wim Wenders où le personnage de Jane Henderson interprété par Nastassja Kinski porte un pull en mohair rose, dans un décor d’hôtel, fixant le spectateur, mise à distance des autres personnages par une vitre et de nous par un écran : elle est seule, mais elles nous voit et on est fasciné. Ici, les deux célébrités aussi nous regardent et ce dès la couverture du magazine où ils sont enlacés, le maquillage coulant, les yeux vitreux dirigés vers le lecteur.
Un hommage à David Lynch ?
Un an après la mort du réalisateur le 16 janvier 2025, une image du shooting interpelle Robert Pattinson debout surplombant Zendaya allongée au sol, sa perruque légèrement désaxée. Cette scène pourrait être directement tirée d’une scène de Blue Velvet (1986) réalisé par David Lynch. Sorti il y a 40 ans, ce film est imprégné de cet étrange univers de la célébrité des années 80. Dans une scène violente, Dorothy Vallens une chanteuse interprétée par Isabella Rossellini est étendue au sol, portant sa perruque, surplombée par Frank Booth, personnage inquiétant la maintenant sous emprise, interprété par Dennis Hopper. Dans le film, Dorothy est l’archétype de la femme fatale, elle porte des lèvres rouges, du fard bleu argenté, une permanente, elle vit seule et traverse un drame familial.
Le travail de Nadia Lee Cohen est en partie inspiré de sa déception du milieu hollywoodien dont elle a éprouvé la réalité après s’être installée à Los Angeles. On peut d’ailleurs lire sur son site internet, que « ses images et films sont des visions centrées sur des personnages et des paysages oniriques saturés et surréalistes, capturant les plaisirs manifestes et les terreurs viscérales de l’environnement urbain ». Cette description de son travail et le shooting qu’elle réalise pour interview magazine font également écho à une phrase revenant souvent dans Blue Velvet : « C’est un monde étrange n’est-ce pas ? ». Cette phrase échangée entre les deux protagonistes Jeffrey Beaumont interprété par Kyle Maclachlan et Sandy Williams interprétée par Laura Derns quand ils découvrent de l’extérieur le drame que vit Dorothy Vallens, une femme de leur ville qu’ils côtoyaient sans jamais réaliser que sa vie était loin de la banalité de la leur. Cette idée pourrait être attribuée à la photographie de Zendaya assise sur une chaise portant un masque. Peut-être que cela et l’ensemble du shooting permettent de montrer au travers de ces personnages dont le maquillage s’estompe et dont les vêtements sont froissés et mal mis l’étrangeté du quotidien.
À l’instar des femmes fatales fascinantes du cinéma des années 80, Nadia Lee Cohen suggère que le maquillage et les artifices de la célébrité dissimulent une réalité que l’on ne peut deviner.



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