L’arrivée de Shein au BHV Marais ne passe pas inaperçue. Derrière des vêtements à petits prix, la marque chinoise traîne une réputation sulfureuse : travail forcé des Ouïghours, conditions sociales illégales et désastre environnemental. Shein promet des prix imbattables, mais cela en vaut-il vraiment le coût ?

Une personne travaillant dans une usine de vêtements qui fournit Shein en Chine. (Illustration) AFP/Jade Gao

L’entreprise chinoise Shein, symbole de l’ultrafast fashion, a annoncé vouloir ouvrir six boutiques physiques en France. En effet, la France reste le premier marché européen du groupe avec environ 23 millions de clients. Son premier magasin permanent prend place au sixième étage du BHV Paris depuis le 5 novembre. 

L’alliance entre la Société des grands magasins (SGM) et l’enseigne chinoise d’habillement en ligne a aussitôt suscité de vives réactions. Frédéric Merlin, président de la SGM qui exploite le BHV Paris, a été lâché, le 8 octobre, par la Banque des territoires avec laquelle il devait racheter les murs du célèbre grand magasin d’ici à la fin de l’année. « Cette décision fait suite à l’annonce d’un partenariat conclu entre la SGM et Shein, entreprise dont le modèle ne correspond pas aux valeurs et à la doctrine d’action de la Banque des territoires », indique-t-elle dans un communiqué transmis à l’AFP. Plusieurs marques ont également annoncé leur départ dont Disneyland Paris qui renonce à l’installation de sa boutique de Noël au BHV, refusant d’être associé à Shein. Peu de temps avant l’ouverture de la boutique à Paris, plusieurs scandales ont éclaté, notamment la vente sur le site de poupées sexuelles à caractère pédocriminel, provoquant la mobilisation de nombreux citoyens indignés.

Un modèle économique ultrarapide et dévastateur

Shein représente parfaitement l’ultrafast fashion. Ce modèle correspond à la production de milliers de nouveaux vêtements chaque jour, fabriqués à bas coût, expédiés à la demande au détriment de l’environnement, des conditions de travail et de la qualité des produits. Des millions de vêtements sont jetés ou incinérés chaque année, conséquence directe de la surproduction et de la surconsommation.

Shein est l’une des marques de vêtements qui pollue le plus. Avec un ajout moyen de 7 200 nouveaux modèles par jour, c’est au minimum 1 million de vêtements produits, soit entre 15 000 et 20 000 tonnes de CO₂ émises, selon l’ONG “Les Amis de la Terre”. Ces vêtements sont composés à 90 % de plastique – principalement de polyester, mais aussi d’élasthanne et de polyamide. Ces habits ne seraient pas sans risque pour la santé selon Greenpeace Allemagne. Tout au long de leur cycle de vie, ils relâchent des microparticules de plastique dans l’environnement qui viennent s’immiscer dans la chaîne alimentaire avant de finir dans nos assiettes. À cela s’ajoute le transport aérien nécessaire pour acheminer les marchandises partout dans le monde. 

Cela démontre une contradiction avec l’engagement du BHV vers une démarche écoresponsable ainsi que la mise en avant de produits respectueux de l’environnement.

L’exploitation des Ouïghours

Avons-nous oublié les Ouïghours ? La région du Xinjiang, située à l’ouest de la Chine, est depuis plusieurs années au centre de débats internationaux en raison d’accusations de travail forcé imposé à la minorité ouïghoure. Plusieurs rapports d’ONG et des enquêtes journalistiques ont dénoncé les conditions de travail au sein des usines Shein et dans ses ateliers sous-traitants. 

Les employés sont rémunérés à la pièce pour une misère, entre 6 et 27 centimes d’euros, selon un rapport de l’ONG China Labor Watch publié en juillet. Des revenus précaires et instables dus aux variations de la demande des consommateurs lors de pics commerciaux comme le Black Friday ou Noël. Sans contrat pour la plupart, les ouvriers de ces ateliers travaillent 10 à 12 heures par jour, et parfois jusqu’à 3 ou 4 heures du matin.

Ce travail se fait au détriment de la santé, avec notamment l’absence de masques dans des environnements où les microparticules synthétiques sont omniprésentes. 

Un réveil citoyen et politique face à l’ultra-fast fashion

Pour réduire les conséquences environnementales et sociales de la fast fashion, plusieurs responsables politiques appellent à des réglementations européennes plus strictes. Le Sénat a adopté, le 10 juin, une proposition de loi pour freiner l’essor de cette mode « ultra-éphémère » incarnée par le géant Shein.

Cette loi interdit la destruction des vêtements invendus en exigeant que les stocks excédentaires soient redirigés vers des programmes de recyclage ou de dons. Elle met également l’accent sur une plus grande transparence dans la chaîne d’approvisionnement. Les marques de mode sont désormais tenues de rendre publiques leurs pratiques environnementales et sociales. Enfin, la sensibilisation des consommateurs est un élément essentiel de la loi. Des campagnes nationales seront lancées pour éduquer les citoyens sur les coûts environnementaux de la fast fashion. 

Plusieurs mesures pourraient prochainement s’appliquer, si la loi entre en vigueur, comme la pénalité environnementale. Progressivement, les articles de la fast fashion seront soumis à une pénalité écologique de cinq euros par article, qui passerait à dix euros par article d’ici à 2030. Les fonds récoltés grâce à ces pénalités seront utilisés pour soutenir les producteurs durables ainsi que la recherche et le développement. Ce jeudi 13 novembre, les États membres de l’UE ont approuvé la fin de l’exonération des droits de douane pour les colis de moins de 150 euros. Cette réglementation pourrait être mise en application dès le premier trimestre 2026.

Le cas de Shein illustre bien la complexité des liens entre l’industrie textile, les droits humains et nos habitudes de consommation. Mais finalement, pourquoi continuons-nous à acheter Shein ? Cette question met en lumière des problématiques plus larges de notre société. Aujourd’hui, l’habillement occupe une place centrale dans notre vie quotidienne : les vêtements ne servent pas seulement à nous couvrir, mais à exprimer notre identité et à nous intégrer socialement. Pouvoir s’habiller à moindre coût tout en suivant les tendances permet à chacun de se sentir accepté et valorisé au sein du groupe. Par ailleurs, nous sommes éloignés des conséquences réelles de nos achats : nous ne voyons ni les ouvrier(e,s) sous-payé(e,s), ni les déchets produits. Cela réduit notre sentiment de culpabilité et alimente notre tendance à surconsommer, une pratique encouragée et normalisée par notre société de consommation.

Shein est un exemple parmi tant d’autres marques tout aussi problématiques. En tant que consommateur, il est important de s’informer sur les pratiques des entreprises que nous soutenons et de l’impact de nos achats.

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