Le 27 octobre, Paul Biya au Cameroun et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire ont une nouvelle fois remporté les élections présidentielles. Huitième mandat pour le premier, quatrième pour le second. Une longévité exceptionnelle, mais désormais commune à de nombreux dirigeants africains qui semblent avoir fait de leur siège un mariage « jusqu’à ce que la mort les sépare ».
En Guinée équatoriale, au Cameroun ou en Ouganda, certains chefs d’État sont au pouvoir depuis plus de quarante ans. Une situation rendue possible par des constitutions taillées sur mesure, un contrôle total des élections et une répression systématique de l’opposition.
Les ressorts d’un pouvoir sans fin
S’accrocher au pouvoir, tel est leur crédo. Le justifier, tel est leur art. Beaucoup de ces dirigeants se présentent comme les « pères fondateurs » de leurs nations, les seuls capables de garantir la stabilité et l’unité dans des pays souvent marqués par les guerres civiles, les coups d’État ou les divisions ethniques.
Paul Biya affirme vouloir éviter le « chaos » au Cameroun, Yoweri Museveni en Ouganda invoque la lutte contre le terrorisme et la corruption, tandis que Teodoro Obiang Nguema Mbasogo en Guinée équatoriale se présente comme l’unique garant de la prospérité nationale.
La faiblesse des institutions démocratiques favorise également cette longévité. La séparation des pouvoirs reste souvent illusoire : le Parlement et la justice sont largement soumis à la volonté du président. Quant à la liberté de la presse, elle est étouffée par des lois restrictives et des médias d’État entièrement dévoués au pouvoir. Résultat : le chef de l’État contrôle l’ensemble des décisions politiques, économiques et militaires, transformant l’appareil d’État en instrument personnel.
Autre pilier de cette stabilité autoritaire : le clientélisme. Dans des économies dépendantes des ressources naturelles, les dirigeants distribuent postes publics, contrats et financements à leurs proches pour acheter la loyauté et prévenir toute contestation. Le pouvoir devient alors une vaste toile d’intérêts où chacun protège sa place pour ne pas tout perdre.
Les armes du pouvoir
Pour rester en place, ces présidents ont appris à rendre leur longévité « légale ». En Ouganda, Yoweri Museveni a d’abord supprimé la limite de mandats en 2005, puis la limite d’âge douze ans plus tard. Trois ans après lui, Paul Biya s’est offert la même liberté au Cameroun en modifiant la constitution. Denis Sassou-Nguesso, au Congo-Brazzaville, a suivi en 2015, et Alassane Ouattara en 2020 a adopté une nouvelle constitution lui permettant de se représenter pour un « premier mandat sous la nouvelle république ». D’autres, comme Idriss Déby Itno au Tchad ou Paul Kagame au Rwanda, ont emprunté le même chemin.
Le contrôle du processus électoral complète ce dispositif. Les commissions électorales sont souvent dirigées par des proches du pouvoir, les médias d’État servent de relais de propagande, et les opposants sont neutralisés parfois par la prison, souvent par l’exil. En Guinée équatoriale, Teodoro Obiang est régulièrement réélu avec plus de 90 % des voix ; au Rwanda, Paul Kagame a obtenu 98 % en 2017. Des chiffres qui en disent long sur la nature du scrutin.
La répression politique reste une arme classique. Arrestations arbitraires, interdictions de manifestations et surveillance des réseaux sociaux permettent d’étouffer toute contestation. En Érythrée, Isaias Afwerki dirige depuis 1993 sans opposition, sans élections libres et sans presse indépendante.
Enfin, l’armée demeure un pilier essentiel. Dans des pays où le pouvoir repose sur la force, s’assurer la fidélité des militaires est vital. En échange, le président offre privilèges, impunité et positions stratégiques. C’est le cas au Cameroun, au Tchad ou en Ouganda, où le lien entre pouvoir et armée reste indéfectible.
Une relève incertaine
La question n’est plus de savoir pourquoi ces présidents ne partent pas, mais quand ils s’en iront. Certains pays africains, comme le Sénégal, le Ghana ou le Nigeria, ont connu des alternances démocratiques. Le phénomène n’est donc pas universel, mais certains États demeurent prisonniers d’un cycle sans fin : celui des « présidents à vie ».

Pour les jeunes générations africaines, connectées au monde, habituées aux réseaux sociaux et à la liberté d’expression, cette situation devient intenable. Les manifestations en Guinée, au Soudan ou au Gabon témoignent d’un ras-le-bol grandissant face à ces régimes figés.
Mais tant que le pouvoir restera synonyme de richesse, de sécurité et d’impunité, beaucoup de dirigeants préféreront risquer la colère du peuple plutôt que de lâcher leur trône.





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