Derrière l’objectif photo, découvrez l’envers des vagues portugaises : un littoral bousculé par l’essor du surf-tourisme et les défis qu’il impose aux communautés locales.

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Le surf-tourisme ?

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Imsouane, Nazaré, Puerto Escondido… ces noms ne vous disent peut-être rien, pourtant ces villages figurent aujourd’hui parmi les destinations les plus prisées du tourisme de masse. Une seule raison explique cet engouement : la particularité des vagues qu’elles abritent.

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L’explosion de la popularité du surf au XXIᵉ siècle a rapidement propulsé cette pratique sportive au rang de phénomène mondial. L’intégration de la discipline aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 en est d’ailleurs l’illustration parfaite. Véritable bulldozer, cette expansion n’a pas épargné le secteur du voyage, intimement lié à l’ADN du surf. Aujourd’hui, ce que l’on nomme “surf-tourisme” est un marché évalué à 68,3 milliards de dollars, et est d’ailleurs appelé à dépasser les 95,9 milliards à l’horizon 2030.

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Portugal paradise

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Avec ses 943 kilomètres de côtes ouvertes plein Atlantique, le Portugal s’est imposé comme un véritable paradis pour les surfeurs. Au-delà du littoral spectaculaire, du climat tempéré et des incontournables pastéis de nata, le pays offre une variété exceptionnelle de vagues sur un territoire compact : bancs de sable de Péniche, reef breaks d’Ericeira, tubes puissants de Supertubos, gigantisme de Nazaré… Ici, chacun trouve son bonheur, du débutant au surfeur confirmé, souvent à seulement quelques heures des grandes villes. « C’est comme une Indonésie froide », résume avec humour le surfeur professionnel Leon Glatzer. Il semble donc logique que le Portugal représente une destination majeure du surf-tourisme en Europe avec 2713,9 millions de dollars générés en 2024.

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Dans l’eau, l’ambiance reflète l’hospitalité du pays : sourires, respect, et attachement profond à l’océan. En résumé, au Portugal, le surf n’est pas qu’un loisir, c’est une question d’identité. L’exemple le plus frappant reste Ericeira où l’arrivée des premières planches dans les années 1970 a transformé ce paisible village de pêcheurs en épicentre européen des sports de glisse. En 2011, l’obtention du prestigieux et exigeant label “réserve mondiale de surf” symbolise la réussite touristique et économique de cette petite ville balnéaire. 

Surf-tourisme: un impact mitigé

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Si la plupart des études s’accordent à dire que les surfeurs-touristes affichent une conscience écologique exemplaire, celle-ci reste bien souvent théorique. Dans la réalité, le surf-tourisme s’inscrit dans une logique de boom frénétique, rarement encadrée par les autorités locales. Surconsommation de matériel, explosion des déchets, littoraux saturés, émissions de CO₂ liées aux déplacements… la liste des impacts s’allonge. Parmi les exemples les plus critiques : Bali, où les aménagements touristiques liés au surf ont bouleversé la vie des communautés locales et profondément fragilisé les écosystèmes côtiers. Un paradoxe bien connu en psychologie sociale, nommé le « value-action gap », ou “comment prôner la protection de l’environnement tout en adoptant des comportements qui vont à l’encontre de ses propres valeurs”.

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À cela s’ajoute un autre fossé : celui qui sépare les « surfeurs de la première heure » des nouveaux venus. Le surf, longtemps perçu comme un territoire quasi sacré, voit sa popularité exploser auprès des CSP+ (cadres, chefs d’entreprise…) en quête de lifestyle « soutenable » comme le yoga ou encore la retraite spirituelle. Une image parfois déconnectée de l’éthique originelle de la discipline. Par conséquent, sont observées des tensions croissantes sur les spots, matérialisées par un localisme qui se durcit. Dernier épisode en date : le collectif Lost in the Swell contraint de censurer la majorité de ses images de surf dans son dernier film après une vague de cyberharcèlement de surfeurs locaux.

Les déclarations choc de Joel Tudor, champion du monde de longboard, au sujet de la récente destruction de Tinfit au Maroc, illustrent ce gap grandissant : « tous ces kooks (terme péjoratif pour désigner les surfeurs débutants) avec leurs retraites de yoga, leurs surf camps et leurs magazines en ligne qui ont fait exploser cet endroit (…) Vous avez namasté cet endroit jusqu’à le réduire en décombres, bientôt transformé en locations de luxe. »

Vers un surf-tourisme responsable?

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Toutefois, certaines initiatives montrent qu’un autre surf-tourisme est possible, un modèle plus respectueux des écosystèmes comme des communautés locales. La coalition Save The Waves, par exemple, mène des études pour quantifier la valeur économique des vagues. Baptisée Surfonomics, cette démarche fournit aux élus des arguments concrets pour défendre leurs côtes face à des projets destructeurs. « Le Surfonomics est une approche que les responsables politiques peuvent utiliser pour justifier la conservation environnementale de manière plus concrète », explique le surfeur et activiste João de Macedo au média BeachGrit. Mettre un chiffre sur une vague permet, paradoxalement, de mieux la protéger.

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Une autre solution s’impose : surfer localement. Le professionnel irlandais Fergal Smith, devenu fermier, nous invite à repenser notre mobilité en tournant le dos à la chasse effrénée du swell aux quatre coins du globe. Il défend un rapport plus lent à l’océan, fondé sur la sobriété et l’ancrage local. Surfer près de chez soi comme acte écologique, mais aussi comme manière de se reconnecter au vivant, et donc, à la vague.

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2 réponses à “La face cachée des vagues : les dérives du surf-tourisme ”

  1. Sujet très intéressant et d’actualité !
    Ce sentiment d’être un kook je l’ai personnellement déjà ressenti, malheureusement je ne connaissais pas les codes du surf et notamment les priorités sur les vagues et donc j’ai eu le droit à quelques réflexions !

  2. Superbe article, nul n’a besoin d’être professionnel pour surfer. Mais le faire en respectant l’environnement, les règles et les locaux est un pas vers la sobriété du surf tourisme.

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