Organiser une Coupe du monde de football au Qatar, sponsoriser une équipe cycliste au nom d’Israël ou encore, accueillir les Jeux olympiques et paralympiques en Chine n’a rien d’anodin : ce sont des choix avant tout politiques. Dès les premiers conflits qui opposèrent, l’Etat d’Israël, nouvellement créé, et les pays arabes, puis par la suite la Palestine, le sport a toujours tenu une place importante d’outil diplomatique de contestation symbolique ou encore de reconnaissance internationale. 

© ASSOCIATED PRESS / MIGUEL OSES

Le sport pour exister diplomatiquement

Bien avant la création d’un Etat d’Israël, le mouvement sioniste avait compris que le sport pouvait être un outil politique : faire exister un peuple par la compétition. En 1921, lors du 12ème Congrès juif mondial, naît le Maccabi World Union, une organisation omnisports internationale chargée de fédérer les athlètes juifs du monde entier. Ses “Maccabiades”, sorte de « Jeux olympiques juif » organisées dès 1932 à Tel-Aviv, rassemblent des délégations venues d’Europe et d’Amérique autour d’un idéal d’unité juive. Sous couvert de fraternité sportive, ces Jeux affirment déjà une volonté d’existence nationale, bien avant l’indépendance politique. La stratégie est claire : exister symboliquement avant d’exister politiquement.

En 1960, le Maccabi World Union est reconnu comme « Organisation de Statut Olympique » par le Comité international olympique, Israël obtient ainsi, une reconnaissance diplomatique sportive, permettant de renforcer son existence. 

Dès sa création en 1948, l’Etat d’Israël a cherché à légitimer son existence aux yeux du monde et à être reconnu par les autres pays. L’un des moyens pour y parvenir a été le sport, notamment par la création de nombreux clubs de football comme le Maccabi Tel-Aviv ou encore en participant, aux Jeux olympiques de 1952, à Helsinki, la toute première édition qui survient après sa création. De cette manière, l’Etat hébreu cherche à devenir un pays comme les autres, partageant les valeurs de l’olympisme comme le respect et l’amitié, même si le contexte régional reste tendu. 

Le sport, vecteur de reconnaissance internationale

Au gré du conflit qui opposait la Palestine à Israël, le sport s’est imposé comme un moyen de résistance en dehors des champs de bataille. En Palestine, le sport et en particulier le football sont au cœur de l’identité nationale. 

Disputer un match de football, « c’est la meilleure façon de mettre la Palestine sur la carte du monde. Le football est la façon dont nous menons notre combat. » expliquait le milieu de terrain de la sélection palestinienne Mohammed Rashid, lors d’un match organisé contre le Liban en 2023. 

En effet, très rapidement, la Palestine a utilisé le sport pour rallier le monde à sa cause contre Israël. Dès 1934, un premier Comité olympique palestinien est créé lors des Jeux olympiques d’Athènes, mais il doit cesser ses activités rapidement à cause de la guerre contre Israël. Il est par la suite recréé en 1986 et reconnu en 1995 par le CIO. Dès lors, les athlètes palestiniens peuvent participer aux Jeux olympiques, mais seulement sous la bannière du CIO. Ce n’est qu’en 2012 et comme un symbole que les Jeux de Londres permettent aux athlètes palestiniens de participer sous leur propre drapeau, 92 ans après le placement sous mandat britannique de la Palestine. 

Le sport, un nouveau champ de bataille symbolique

Finalement, le sport est devenu un nouveau lieu de contestation symbolique où l’on ne se combat plus par les armes, mais par le dépassement physique. Le public joue également un rôle majeur par son action qui permet de faire passer des messages clairs. 

À la suite de la guerre du Kippour en 1973, plusieurs pays arabes refusent d’affronter Israël au sein de la Confédération asiatique de football. Sous la pression diplomatique, et après une proposition du Koweït, Israël est exclu de l’organisation en 1974. L’Etat hébreu se tourne alors vers l’Europe et intègre progressivement l’UEFA, où il dispute désormais toutes ses compétitions. 

Aujourd’hui, chaque évènement sportif auquel participe Israël devient un évènement avant tout politique. Cela s’est illustré par l’annulation d’un match de préparation à la Coupe du Monde de football 2018 entre Israël et l’Argentine. En effet, le match devait se dérouler à Jérusalem, mais des militants palestiniens ont manifesté devant le terrain d’entraînement des Argentins à Buenos Aires en brandissant le maillot de la sélection nationale argentine maculé de peinture rouge sang. C’est aussi dans les tribunes qu’un soutien envers la Palestine s’est fait remarquer, par exemple au Parc des Princes, le 6 novembre 2024, avec un tifo sur lequel était écrit « Free Palestine », ou encore récemment lors de manifestations organisées en amont d’un match opposant la Norvège à Israël. 

Enfin, c’est sur les routes du Tour d’Espagne, que les manifestations ont été les plus fortes. Alors que les coureurs s’élançaient pour une étape de 150 km autour de Bilbao, aucun vainqueur n’a été désigné, en raison de manifestations en protestation de la présence de l’équipe Israel-Premier Tech. Équipe dont les liens ont clairement été établis avec l’Etat hébreu, en témoigne les encouragements du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à l’égard du patron de l’équipe, Sylvan Adams, l’invitant à « ne pas céder à la haine et à l’intimidation », avant de l’encenser : « vous faites la fierté d’Israël ». Ces manifestations ne se sont pas révélées inefficaces, puisque l’équipe Israel-Premier Tech, souhaitant continuer la course, a été contrainte de retirer le mot « Israël » de son maillot, et a d’ores et déjà annoncé changer son appellation pour la saison 2026, une victoire symbolique des opposants au sportwashing, qui dénoncent l’usage du sport pour redorer l’image d’Israël.

Une réponse à “Quand la politique s’invite dans le sport : l’exemple d’Israël et de la Palestine”

  1. Article très intéressant sur un sujet toujours d’actualité !

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