La démission du premier ministre japonais, Shigeru Ishiba, a mis en lumière la fragilité d’un PLD ( Parti Libéral-Démocrate) au pouvoir depuis 1955, pratiquement sans interruption. Avec la progression spectaculaire du parti nationaliste Sanseito, Sanae Takaichi apparaît comme l’ultime atout du PLD pour conserver son électorat.

© Franck Robichon/Pool via REUTERS
Le 4 octobre 2025, Sanae Takaichi, 64 ans, a été élue à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD), une formation politique dominante au Japon qui est au pouvoir depuis près de soixante-dix ans. Cette victoire en interne du parti, la destine à devenir potentiellement la première femme Première ministre de l’histoire du pays, succédant à Shigeru Ishiba, contraint à la démission après avoir perdu la majorité au Sénat lors des élections de juillet.
Cette élection intervient dans un climat d’instabilité politique majeure, marqué par la montée du mécontentement populaire, la hausse du coût de la vie et la percée spectaculaire de nouveaux partis nationalistes et populistes, tels que le Sanseito, concurrent direct du PLD.
Une figure de la droite japonaise
Sanae Takaichi est connue pour ses positions conservatrices. Admiratrice déclarée de Margaret Thatcher, elle prône une politique ferme sur la sécurité nationale, intransigeante envers la Chine, et anti-immigration. Ses déclarations passées sur l’innocence du Japon dans ses crimes de guerre, et ses fréquentations controversées, notamment une photo prise avec un chef d’un groupuscule néonazi en 2011, lui valent le surnom « la talibane » dans la presse japonaise.
Sur le plan idéologique, elle nie les crimes de guerre commis par l’armée impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et rejette toute idée de repentance. Elle défend une conception traditionnelle de la famille : elle s’oppose à la possibilité pour les couples mariés d’avoir des noms différents.
Durant sa campagne, Sanae Takaichi s’est engagée à accroître la représentation des femmes dans son futur gouvernement, affirmant vouloir atteindre des niveaux comparables à ceux des pays scandinaves.
Cet exemple reflète la complexité du Japon contemporain : le pays se classe 118e sur 146 dans le rapport du Forum économique mondial sur l’égalité des sexes. Autre mesure qu’elle souhaite adopter, une société davantage tournée vers le travail. Dans son premier discours de victoire, elle a affiché un ton productiviste : « Je vais abandonner l’idée d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Travailler, travailler, travailler, travailler… »
Une reconstruction autour de la figure Takaichi
Le futur gouvernement Takaichi devra affronter des défis structurels majeurs. Le vieillissement rapide de la population fragilise le système social et la productivité. Économiquement, l’archipel fait face à de grosses difficultés. La dette publique est conséquente et elle dépasse largement les 250 % par rapport au PIB. L’inflation augmente et inquiète le gouvernement sur la compétitivité du pays à l’international. Hostile à toute politique d’ouverture migratoire, Mme Takaichi devra concilier ses positions fermes avec les besoins du marché du travail et la pression de ses alliés économiques, notamment les États-Unis, qui encouragent Tokyo à accroître ses dépenses militaires et à libéraliser son marché intérieur.
Le PLD, affaibli par les revers électoraux successifs en 2024, une perte massive de ses députés au Parlement et la montée du Sanseito avec une vision plus jeune du conservatisme viennent inquiéter le parti historiquement au pouvoir depuis 1955. Son objectif affiché est de « reconquérir les électeurs » et de remobiliser un électorat vieillissant, séduit de plus en plus par les discours populistes et nationalistes des nouvelles formations politiques. Toutefois, plusieurs observateurs soulignent la fragilité de son leadership. Pour Koichi Nakano, politologue à l’université Sophia à Tokyo, « le positionnement de Sanae Takaichi relève davantage de l’opportunisme politique que d’une vision de long terme pour le pays ».





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