7 points sur les 9 premiers matchs de championnat, c’est historique dans l’histoire de Manchester United. Le week-end dernier à Old Trafford, la déroute 0-3 face à Bournemouth est un énième symbole de la déchéance d’un des clubs les plus mythiques d’Angleterre, et le théâtre d’une grande question : à qui la faute lorsque les résultats sont mauvais ?

Manchester United – Brighton and Hove Albion, le 25 octobre 2025, Old Trafford (photo L’œil d’Assas)

17e de Premier League et pointant à la 20e place de la saison régulière de Ligue des Champions, Manchester United s’enfonce encore d’avantage dans sa spirale négative après sa défaite face à Chelsea 0-2 ce week-end.

Pourtant, l’arrivée de Michael Carrick au poste d’entraineur en janvier dernier et la troisième place en championnat la saison dernière laissaient présager une lueur d’espoir pour cette nouvelle saison. Mais les supporters ont déchanté, dès la première journée, avec une défaite cinglante 0-2 face au promu Hull City.

Depuis, les mancuniens n’ont été en capacité de briguer que deux victoires : 5-2 face au promus Ipswich Town lors de la seconde journée, et 4-0 face au novice Sabah Football Club en ouverture de la Ligue des Champions le 10 septembre, dernière victoire en date.

Depuis le départ de Sir Alex Ferguson, l’impossible reconstruction

« Nous ne sommes plus dans le passé, et nous devons nous concentrer sur le futur. Nous devons créer quelque chose de différent, maintenant » -Bruno Fernandes, capitaine de Manchester United

27 ans, 1 500 matchs, 38 trophées dont 13 titres de championnats : Sir Alex Ferguson est sans doute l’un des entraineurs les plus importants que le football anglais ait connu. 

Mais depuis son départ en 2013, les entraineurs s’enchainent et les résultats ne sont plus là : 7 trophées et 5 petits podiums pour aucun titre de champion, avec comme point d’orgue une cataclysmique 15e place en championnat lors de la saison 2024-2025.

À l’issue de la défaite 1-4 face à Côme en Ligue des Champions, le capitaine Bruno Fernandes a déclaré sur Sky Sports Italia « Dans ce club, on se concentre trop sur le passé, mais nous ne sommes plus les mêmes. Le club et les joueurs doivent comprendre cela. »

Le symptôme le plus évident de cette descente aux enfers se trouve sur le bord du terrain. Malgré les beaux noms, aucun entraineur n’a su ramener Manchester United au sommet : David Moyes, Louis Van Gaal, José Mourinho, Erik Ten Hag ou encore Rúben Amorim, entre autres.

Dernier licenciement en date : Rúben Amorim en janvier dernier, remplacé par l’ancien de la maison Michael Carrick, 464 matchs joués entre 2006 et 2018 avec les Red Devils. D’abord nommé pour la fin de saison, les éclatantes victoires face aux rivaux historiques et la convaincante troisième place au championnat ont amené la direction à le signer pour deux ans supplémentaires, avec l’espoir du retour d’une stabilité.

Après un début de saison où tous les espoirs se sont effondrés, les supporters expriment leur mécontentement, mais ils ne sont pas les seuls. 

Martínez et Fernandes : les joueurs qui s’expriment

« On a fait un travail fantastique la saison dernière, mais maintenant
on en attend plus de la direction
» -Lisandro Martínez, défenseur de Manchester United

Après la défaite 0-2 face à l’Atlético Madrid en Ligue des Champions, le défenseur argentin Lisandro Martínez prend la parole en interview : « J’en attend plus. 100%. J’en attend plus de la part de notre directeur technique. […] Ce soir c’est facile de blâmer l’entraineur, facile de pointer les joueurs du doigt, mais on doit aussi regarder les autres domaines ».

Le directeur technique, c’est Jason Wilcox, homme de main de Sir Jim Ratcliffe. En 2023, ce dernier prend possession de 25% de Manchester United au travers de sa société INEOS, et prend en charge toute la partie sportive du club. La révolution Ratcliffe est alors lancée, et toute la direction sportive change. 

C’est là que Jason Wilcox fait son entrée dans le club, en tant que directeur technique, puis « Director of Football ». Également, le marocain Omar Berrada devient le directeur exécutif (CEO).

Ce que Lisandro Martínez reproche à sa direction, c’est le mercato déséquilibré de l’été. En effet, 3 milieux de terrain d’envergure ont rejoint l’équipe : Youri Tielemans depuis Aston Villa, Andrey Santos depuis Chelsea et Carlos Baleba depuis Brighton and Hove Albion. Mais la profondeur d’effectif reste discutable, notamment aux postes d’arrière-gauche et de buteur. Résultat, en la blessure du buteur Benjamin Sesko, ce sont des ailiers qui se retrouvent à jouer à la pointe de l’attaque. 

De son côté Wayne Rooney, meilleur buteur de l’histoire de Manchester United, accrédite la prise de parole du défenseur, jugeant néanmoins ses propos comme « irrespectueux envers ses coéquipiers, disant qu’ils ne sont pas assez bons. […] Ses performances (à Martínez, ndlr) ne sont pas assez bonnes. ». Depuis, le défenseur s’est illustré par son exécrable performance face à Chelsea ce week-end, auteur d’un coup de coude volontaire dans la gorge de Wesley Fofana, entrainant son exclusion.

Mais Martínez n’est pas le seul à hausser le ton. Après la défaite face à Côme, Bruno Fernandes a également déclaré : « C’était une décision du staff de ne pas faire de marquage individuel, de laisser de l’espace derrière et d’essayer de récupérer le ballon ». Une atteinte directe aux choix stratégiques de l’entraineur et de son staff.

Beaucoup de questions, peu de réponses

Le week-end dernier, après un huitième match sans victoire, les supporters à Old Trafford ont chanté « It’s Carrick, you know » alors que celui-ci faisait le tour de la pelouse pour remercier les fans. Ce chant, remontant à la saison 2012-2013 alors que Carrick partage le milieu de terrain avec la légende Paul Scholes (718 matchs avec Manchester United), est tout à fait à la gloire de l’actuel entraineur. 

Mais à l’instant où celui-ci rentre dans le tunnel, les acclamations se muent en huées envers les joueurs. De quoi ajouter encore plus de confusion dans l’attribution de la faute.

« Ils [les Glazer] ont détruit, détruit un club de football » -Matt Slater, journaliste à The Athletic

En réalité, le problème à Manchester United est structurel. INEOS et Jim Ratcliffe possèdent 25% du club mais le reste est dans les mains de la Famille Glazer, entrée au capital en 2003. En deux ans, l’homme d’affaires américain Malcolm Glazer prend progressivement possession de l’entièreté du club pour une transaction estimée à 800 millions de livres. Depuis 2006, ce sont ses fils Avram et Joël qui co-président.

« Les Glazer sont des parasites, un poids pour le club », selon Tim Sutton, 38 ans, supporter depuis ses 6 ans. Comme lui, les fans se tournent aujourd’hui vers les milliardaires propriétaires, dont la gestion est contestée depuis de nombreuses années.

En 2025, Cristiano Ronaldo (347 matchs avec Manchester United), déplorait le manque de structure au sein du club. D’anciens joueurs tels de Wayne Rooney, Rio Ferdinand ou encore Gary Neville sont également très critiques. La presse elle-même est virulente, notamment le journaliste de The Athletic Matt Slater qui déclarait le 23 octobre « Je crois qu’on sous-estime tous à quel point les Glazer sont mauvais. […] Ils ont détruit, détruit un club de football ».

En effet, la méthode d’acquisition des parts de capital a fait grimper la dette du club, dette qui n’est plus jamais redescendue jusqu’à dépasser le milliard de livres ces dernières années. Les Glazer sont perçus par beaucoup comme des investisseurs, qui trouvent dans Manchester United une entreprise très lucrative, mais sans y porter quelconque intérêt sportif. 

« Je crois qu’une fois les Glazer partis, la solidité intrinsèque du club permettra à United de s’imposer comme le colosse du football anglais », toujours selon Tim Sutton.

Michael Carrick : fautif mais victime d’un club en perdition

«Le problème sur le terrain n’est pas que les joueurs sont mauvais, c’est qu’ils ne sont pas suffisamment entrainés, physiquement et tactiquement» -Tim Sutton, supporter

Il juge Michael Carrick pauvre tactiquement, et attribue les bons résultats de la saison dernière à l’absence de coupe d’Europe. « À chaque match, les joueurs semblaient toujours moins en forme et organisés à mesure que la préparation physique mise en place sous Amorim s’estompait et que celle instaurée par Carrick prenait le dessus. Il est évident que Carrick rendait l’équipe moins performante. Ce qui se passe cette saison ne me surprend pas. »

Et il n’est pas le seul. Il apparait pour nombre de supporters que Michael Carrick ne propose rien tactiquement, et que tout le succès de la saison dernière ne repose que sur les joueurs : « ils étaient plus motivés pour aider Bruno Fernandes à battre le record de passes décisives, ce qui a mené à des victoires, que par les exercices tactiques mis en place par Carrick. » selon Rick.R, supporter mancunien depuis plus de 20 ans.

Mais changer d’entraineur n’est pas suffisant, cela ne changera rien tant que la direction ne mettra pas tout en œuvre pour faire revenir le club au sommet.

Lors du licenciement de Rúben Amorim, beaucoup, dont Tim, ont été déçus, jugeant que l’équipe prenait enfin la bonne direction. Le technicien portugais avait insufflé une révolution en important son système flexible en 3-4-3 qui avait fait sa gloire au Sporting CP, mais qui avait du mal à se mettre en place en terres mancuniennes. Les supporters, eux, réclamaient du temps : « Le club et les fans doivent s’armer de patience et modérer leurs attentes s’ils veulent retrouver le succès, dit Rick R. Tout ne peut pas se construire en une saison ». 

Old Trafford, le 25 octobre 2025 (photo L’œil d’Assas)

Le ballet des entraineurs, un éternel recommencement

Après le renvoi d’Erik Ten Hag en octobre 2024 (3 mois après sa prolongation de contrat), Bruno Fernandes disait « Il est plus simple de se débarrasser d’un manager que de 15 joueurs ». Malgré deux trophées rapportés au club au cours de son mandat, Ten Hag a été victime d’un Jim Ratcliffe jugeant qu’il fallait du changement. 

Fin octobre 2026, dans un entretien accordé à The Athletic, le néerlandais a révélé avoir eu de nombreux différents avec sa direction au cours de son mandat, notamment autour de questions contractuelles et de transferts : « Nous avons parlé des problèmes. Mais ils [la direction] n’ont pas tenu leurs promesses ».

Un an et demi après son arrivée, en janvier 2026, Rúben Amorim a lâché les chevaux en interview à l’issue d’un match nul 1-1 face à Leeds United, déclarant « je sais que je ne m’appelle pas Antonio Conte, Thomas Tuchel ou José Mourinho, mais je suis le manager de Manchester United, pas seulement le coach. […] Je ne vais pas démissionner. Je ferai mon travail jusqu’à ce qu’un autre vienne me remplacer. ». Ne se sentant pas soutenu par sa direction, cette déclaration est celle de trop et il est remercié dès le lendemain. 

« Cette gestion démontre une indiscipline extrême, une grande nervosité
et une incapacité à surmonter la tempête
 » -Rick R., supporter

Il ne fait pas bon de critiquer les patrons à Manchester United. Selon Rick R., « les changements doivent commencer en haut ; Berrada et Wilcox ont clairement démontré qu’ils étaient inaptes à gérer un désaccord avec le manager ».

Aujourd’hui, Michael Carrick reste sage envers sa direction, mais ce sont les joueurs qui s’expriment. Résultat, Lisandro Martínez a écopé d’une amende en interne et Bruno Fernandes a chauffé le banc pendant 90 minutes lors de la défaite 0-3 face à Bournemouth. 

Les fans eux, subissent. « Si je n’étais pas passionné, je ne serais pas autant en colère ! dit Tim Sutton. Les Glazer sont un fléau, Ratcliffe est faible et Carrick a mis le feu à la maison. Mais éteignez ce feu et la maison restera toujours solide et debout. »

Manchester United a été, est, et restera un club à l’histoire riche et au palmarès exceptionnel. Aujourd’hui, c’est un club « coincé dans le passé » selon Rick R., endetté et sans projet sportif clair qui tente chaque année, par des éclats individuels sur le terrain, de se maintenir dans un équilibre qui finit toujours par être ébranlé. Mais que signifie l’histoire si le présent n’est pas glorieux ? Manchester United se rattache à son passé sans regarder vers l’avenir, avec des propriétaires dont les préoccupations semblent plus pécuniaires que sportives.  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recommandations