Depuis quelques années, n’importe quelle personne ayant les réseaux sociaux a pu voir de près ou de loin l’apparition des “aesthetics” ou “core”. Ces mots désignent des archétypes de personnes, de styles de vie. On a pu voir apparaître des mentions comme la “cool girl”, “la clean girl”, ou d’autres comme “rockstar core”, “cottage core”, etc.
Mais alors, quels problèmes posent ces tendances et comment s’en défaire pour se retrouver soi-même ?

Aesthetics et cores, la suite logique à la venue des réseaux sociaux
Pour cerner ce phénomène, il est crucial de comprendre qu’il est intrinsèquement lié à l’apparition des réseaux sociaux. Nous n’avons peut-être pas tous été présents dès leur début, mais il a souvent été question d’utiliser des mots-clés. Que ce soit les hashtags, les légendes, les biographies, tout poussait à condenser et résumer des photos, des styles, jusqu’à récemment des personnes. Il est donc difficile de répertorier exactement leur apparition ; cependant, ce phénomène a pris une grande ampleur à partir de la pandémie du covid et de l’apparition de TikTok.
Le cercle vicieux : émergence d’un nouvel aesthetic, promotion via les réseaux sociaux, et répercussions sur l’utilisateur
Il faut maintenant déceler les dérives de ce phénomène qui n’est pas simplement amusant ou futile. En effet, cette utilisation des réseaux a pu créer un sentiment d’appartenance ou de communauté. Appartenir à un archétype équivaudrait à appartenir à un ensemble, au fait de se trouver soi et de se retrouver avec d’autres. Cela fait d’autant plus sens quand on retrace son apparition à la pandémie qui a pu isoler beaucoup d’utilisateurs et les tourner vers les réseaux, seul moyen à ce moment, de communication.
S’il a pu donner l’impression que beaucoup avaient une identité et une personnalité précise, toute tracée et cohérente, ce processus a donc nécessairement pu créer une comparaison entre chacun. Ne vous êtes-vous jamais comparé à cette créatrice ou ce créateur de contenu se revendiquant “clean girl” ou “gym bro”, se réveillant toujours à cinq heures du matin pour courir, qui ne mange que des aliments sains et a un corps parfait ?
Comme l’avancent Giolo et Bergham dans The aesthetics of the self : the meaning-making of Internet
aesthetics À travers un mot, on prétend pouvoir résumer une personne alors que nous sommes tous des couches complexes et diverses qui ne sauraient être réellement exprimées à travers un mot, un objet, un mode de vie. On associe même des films, des activités, des musiques et jusqu’à des carrières, à ces esthétiques.
Par ailleurs, la tendance à vouloir aller à l’essentiel et condenser l’information a également des conséquences sur nos capacités à envisager les choses de façon nuancée, créative, et ce à travers un vocabulaire plus riche et varié.
Ce phénomène amène donc plus à se perdre dans un idéal qu’à se trouver réellement, et nous impacte concrètement.
Également, ces tendances sont exploitées par de nombreuses entreprises pour créer plus de bénéfices. On peut l’apercevoir dans des enseignes de fast fashion telles que Bershka, Pull & Bear, ou encore Zara qui proposent des produits qui sont mis en avant sur les réseaux sociaux dans de nouvelles collections à des prix plus élevés que ceux n’ayant pas reçu le même engouement.
Une sorte de passation s’opère des créateurs de contenu, qui prêchent les avantages de certains produits qui sont ensuite vendus par de grandes enseignes. Par exemple, la mannequin et influenceuse Hailey Bieber, considérée comme l’une des personnalités incarnant l’esthétique de la “clean girl”, expose régulièrement ses routines de soins, de maquillage en en faisant la promotion. C’est par ailleurs depuis peu sa propre marque qu’elle promeut, faisant ainsi sa propre promotion.
On peut à présent aller en magasin et acheter un porte-clés plein d’accessoires thématiques au lieu de le créer au fil du temps, avec des objets de valeur. Certains vêtements sont même directement mis en rayon non plus selon leur couleur ou leur taille, mais selon leur popularité sur les réseaux avec un panneau “viral sur TikTok” chez Bershka par exemple.
Ces “trends” impliquent donc un gain considérable pour les entreprises commercialisant des articles y étant rattachés. Cela se fait au détriment des consommateurs qui perdent du temps et de l’argent à essayer d’appartenir à un aesthetic qui ne cesse de proposer de nouveaux articles.
Enfin, ces tendances ont pu également être l’objet de critiques lorsqu’elles dépassent la simple description d’un mode de vie. Elles ont alors glissé vers des thématiques qui ont choqué de par leur caractère fétichiste ou inatteignable. Elles ont ainsi pu romantiser des esthétiques fétichisant des normes de beauté infantiles. Par exemple le “coquette core” mettant en scène des tenues semblables à celles d’enfants sur des femmes adultes, des traits du visage lissés et des manières infantilisées (voix et rire d’enfants par exemple). La plupart montrent des critères de beauté inatteignables, renforçant ainsi les insécurités des utilisateurs. Ainsi, même les “messy girls” créées en opposition aux “clean girls” demeurent dans les médias des femmes respectant les canons de beauté physiques. Les attentes allant avec ces archétypes pèsent, par ailleurs, bien plus souvent sur les femmes qui doivent être rangées en catégories bien définies et sont la cible de marques qui capitalisent sur ces mêmes insécurités. Dans cette idée, la publicité de jeans faite avec Sydney Sweeney de la marque American Eagle est une illustration parlante. Dans cette publicité, l’actrice, incarnant elle-même les standards de beauté culturellement acceptés (peau sans imperfection, corps mince et caractéristiques occidentales d’une femme blonde aux yeux bleus), dit avoir de bons “jeans” en jouant sur la ressemblance de ce mot avec les “gènes”. On ne vend plus simplement des jeans, mais un idéal de beauté.
On peut remarquer par exemple la multitude de ces esthétiques proposées aux femmes en comparaison à celles proposées aux hommes qui sont plus souples et bien moins nombreuses.
Ainsi, aucune catégorie ou esthétique ne permet une réelle identification sans comparaison car toujours alimentée par des moyens financiers pour acquérir des nouveaux objets, et des critères de beauté irréalistes.
L’émancipation des esthétiques, ou bien la “vraie” quête de soi

À présent, la question qui demeure est comment réussir à se défaire de ces cases rigides pour retrouver le “vrai soi” ?
De nos jours, ces influences demeurent toujours et on ne peut vraiment y échapper. Que ce soit via les réseaux (publicités, créateurs de contenu, etc.), le monde de la mode (défilés, collections, magasins), ou tout simplement nos proches (un proche qui fait l’éloge d’un aesthetic ou d’un article qui y est rattaché), nous sommes interconnectés plus que jamais.
L’idée n’est donc pas de devenir une sorte de génie indépendant, totalement hermétique à quelque influence que ce soit, mais plutôt de s’en détacher assez pour voir ce qui nous attire vraiment dans chacune et opérer un tri face à la masse d’information qui nous est donnée.
Par exemple, une femme aspirant à avoir la motivation d’une “clean girl”, la garde-robe d’une “cool girl” pourra identifier les couleurs tendances qui plaisent les trouver dans des articles en brocante ou en vide-grenier.
Parfois il suffit d’aller au plus simple, de faire un tri dans nos propres vêtements, ceux de nos proches, et d’y trouver les pièces qui nous intriguent, qui nous inspirent.
De cette manière, le vêtement ne sera jamais vraiment identique à ceux commercialisés et sera, par là même, obtenu de manière plus écoresponsable.
L’épanouissement de soi n’a pas à se cantonner à une seule et immuable façon d’être. À la place, chacun est et peut être autant de versions de soi qu’il désire tout en limitant le pouvoir accordé aux institutions à l’initiative de ces tendances.
Les grandes entreprises proposeront peut-être le même exact haut que ceux promus sur les réseaux sociaux ; pour se l’approprier, rien de tel cependant que de le trouver ailleurs.
S’il y a une idée à retenir, c’est celle de reprendre le goût de la lenteur. Le monde dans lequel nous vivons donne un accès très rapide et impersonnel aux informations. Pour autant, prendre le temps de trouver par le biais d’acteurs concrets et personnels les choses qui nous animent peut être tout aussi exaltant, si ce n’est plus. Il y a même une certaine beauté dans ce processus. Demander à ses grands-parents de retrouver ce vieux carnet pour en récupérer la couverture en cuir que l’on ne peut que trouver à un prix exorbitant dans les commerces. Se confectionner une armoire pleine de vêtements ayant une seconde vie, une histoire, une particularité. Écouter les musiques que notre ami le plus proche ou un disquaire nous recommande.
Il faudrait le prendre avec le même enthousiasme que celui que nous trouvons dans la rencontre avec les autres. Se donner le temps de se comprendre, retourner à d’anciennes versions de nous, chercher nos nuances, c’est peut-être ça la quête de soi. Ne pas performer pour un auditoire fictif mais dialoguer avec soi-même et se laisser surprendre.
Prendre le temps ne signifie pas le perdre, c’est se l’approprier. Cela permet d’être sûr d’acquérir quelque chose pour soi qui durera dans le temps, et pas par peur ou habitude.
Arianne Guillemot





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