Initié le 18 septembre 2026 en France métropolitaine, lorsque des professeurs du lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne) se sont mis en grève afin de dénoncer le manque d’enseignants, le mouvement lycéen a pris une large ampleur, avec de nombreuses revendications. Quelques jours plus tard, le 1er octobre, 1 027 lycées étaient concernés par le mouvement, selon le ministère de l’Intérieur.

Des revendications multiples
Bien avant le 18 septembre, c’est à Mayotte que le mouvement a débuté. Le 31 août dernier, les professeurs du lycée du Nord, situé à Acoua, se sont mis en grève pour dénoncer des classes surchargées, soutenus par des parents d’élèves et des syndicats de l’Éducation nationale. C’est ensuite un lycée de Cayenne, en Guyane, qui a été bloqué pour demander une amélioration des conditions de travail, avant que le mouvement n’atteigne finalement le lycée Saint-Exupéry.
Ces revendications lycéennes dénoncent les conditions d’enseignement auxquelles élèves comme professeurs doivent faire face. Parmi elles figure notamment Parcoursup. La plateforme d’accès à l’enseignement supérieur, jugée trop obscure et inégalitaire par bon nombre de lycéens, suscite du stress, pour les élèves et leurs parents.
En juillet 2026, 18 % des inscrits sur la plateforme n’ont eu aucun de leurs vœux acceptés lors de la phase principale, soit 163 000 candidats.

Suaudeau, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
Mais les revendications lycéennes ne se limitent pas à Parcoursup. Les lycéens ont également manifesté contre le manque d’enseignants et de personnels. En septembre 2026, 69 % des collèges et lycées français ont fait leur rentrée scolaire avec une équipe incomplète, selon l’enquête du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU). D’après le même syndicat, plus de la moitié des établissements publics sont en déficit d’au moins un professeur.
Les conditions matérielles des lycées ont également été au cœur des revendications, alors que certains établissements sont encore inadaptés au réchauffement climatique. À Montpellier et à Sète, 3 300 élèves n’ont pas eu cours à la rentrée alors qu’il faisait jusqu’à 36 °C dans les classes, d’après France 3 Occitanie.
Les emplois du temps au lycée sont aussi une source de mécontentement. La réforme du bac de Jean-Michel Blanquer, en 2018, qui avait mis fin aux trois filières S, ES et L pour laisser place à une myriade d’options différentes, a engendré de gros trous dans les emplois du temps des lycéens et donc des journées à rallonge. Les revendications ont également gagné l’enseignement supérieur, avec des demandes de places supplémentaires. L’ampleur des manifestations a montré que les revendications étaient les symptômes d’un problème plus large.
Des revendications en réalité plus profondes
Les revendications des lycéens sont peut-être le reflet d’un mal-être plus profond. Au-delà des revendications liées à l’école, ces inquiétudes témoignent d’un malaise plus général chez une partie de la jeunesse. Les difficultés scolaires se mêlent alors à des interrogations plus larges sur les conditions de vie, l’avenir climatique et les perspectives économiques. On peut en trouver certaines origines dans la pandémie de Covid-19. Les confinements destinés à protéger les plus vulnérables et les cours à distance ont favorisé un isolement des jeunes de la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2012). En 2021, 33 % des 18-24 ans ont déclaré ressentir un sentiment de solitude, contre 25 % un an plus tôt, et un jeune sur deux s’est dit abandonné, inutile ou exclu, là aussi en hausse par rapport à 2020 (35 %).
Une autre source de colère chez les lycéens pourrait être le mépris que subit cette génération Z de la part des générations précédentes : elle est jugée fainéante, fragile, peu désireuse de travailler, addict à ses écrans, et finalement assez mal comprise. Le sentiment de mépris ressenti par une partie de la jeunesse pourrait avoir contribué à la sous-estimation de la mobilisation du 17 octobre par le gouvernement. Cette hypothèse pourrait éclairer le choix d’un dispositif policier qui s’est révélé insuffisant pour prévenir les débordements et les violences en marge des manifestations.
Les mobilisations d’une partie de la jeunesse constituent aussi un appel à être écoutée et prise en considération, pour préparer son avenir. Un avenir qui ne s’annonce pas particulièrement réjouissant d’un point de vue climatique. Selon une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet Planetary Health, plus d’un jeune Français sur deux, âgé de 16 à 25 ans, se dit « très » ou « extrêmement inquiet ». Comment grandir sereinement sur une planète surchauffée, alors que nous avons vécu un été historiquement chaud et qu’une sécheresse record se poursuit cet hiver ?
L’avenir économique semble aussi inquiéter une partie de la jeunesse. Le taux de pauvreté est plus élevé chez les 18-24 ans que dans n’importe quelle autre tranche d’âge, atteignant 18,6 % selon l’INSEE, alors que le taux de pauvreté moyen national s’établit à 15,4 %. D’après une enquête menée par Ipsos-BVA, huit jeunes sur dix redoutent d’avoir une vie plus difficile que celle de leurs parents ou de la génération précédente. Le politologue français Christophe Jaffrelot concluait ainsi un article du Nouvel Obs paru récemment : « Au fond, il y a une réalité socio-économique et écologique commune à tous ces mouvements : être jeune aujourd’hui est d’une violence inouïe. Il y a la paupérisation des étudiants, le coût de la vie, le surendettement pour étudier, l’accès à un emploi incertain et l’éco-anxiété liée à la crise environnementale. […] »

Mzn17, CC0, via Wikimedia Commons
Une réponse policière avant une réponse politique
La première réponse du gouvernement Lecornu au mouvement lycéen a d’abord été policière, avant de devenir politique. 6 059 interpellations ont eu lieu entre le 28 septembre et le 5 octobre 2026. À titre de comparaison, lors du mouvement des Gilets jaunes, 7 582 personnes avaient été interpellées entre le 17 novembre 2018 et le 9 septembre 2019. Le gouvernement a donc privilégié une réponse autoritaire afin de tuer dans l’œuf la mobilisation lycéenne, mais en vain. Quatre rapporteurs de l’ONU ont d’ailleurs réagi à cette répression par la force menée par le gouvernement. Ils ont affirmé que « la priorité accordée à une réponse principalement sécuritaire aux manifestations a conduit à reléguer au second plan les causes profondes de la mobilisation », ainsi que : « les blessures graves et, dans certains cas, irréversibles subies par des manifestants, mineurs, dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre, sont inacceptables et injustifiables », alors que 248 lycéens ont été blessés depuis le début de la mobilisation.

Jules*, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Le mouvement se poursuivant malgré tout, le gouvernement a dû se résoudre à répondre politiquement aux manifestations. Un mois après le début des premiers blocages, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray et Philippe Baptiste ministre de l’Enseignement supérieur, ont présenté leur plan pour tenter de mettre fin au mouvement social. Le 26 octobre, ils ont annoncé la suppression et le remplacement de Parcoursup à la rentrée 2028, une réforme du contrôle continu au bac, un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde, la rénovation du bâti scolaire grâce à un prêt de 4 milliards d’euros pour les régions, l’annulation de 836 suppressions de postes de professeurs, la création de 15 000 places supplémentaires dans le supérieur et l’indexation des bourses sur l’inflation. Une série de mesures qui n’ont pas été jugées suffisantes par les syndicats étudiants, qui ont appelé à poursuivre le mouvement dans la foulée.
Si les réponses apportées par le gouvernement ne semblent pas avoir convaincu les organisations lycéennes, la mobilisation dépasse désormais les frontières françaises. En Allemagne, avec le mouvement « Gen Z regelt », mais aussi dans d’autres pays d’Europe, des élèves et des étudiants se sont mobilisés. Les revendications diffèrent selon les pays, mais la coexistence de ces mobilisations montre qu’au-delà des particularités nationales, on assiste peut-être à une contestation plus large face aux perspectives d’avenir offertes à la jeunesse. Un appel à une mobilisation des jeunes à l’échelle européenne a, par ailleurs, été lancé pour la journée du 20 novembre.

Roy Zuo, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons





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