Ce mardi 3 novembre, la Fédération Française de Tennis organise un événement unique pour célébrer la carrière de Gaël Monfils à la Plénitude Arena, à l’occasion du Rolex Paris Masters. L’occasion de revenir sur la carrière d’un joueur qui a marqué l’histoire du tennis français aussi bien pour ses accomplissements que pour sa personnalité et ses coups hors du commun.

À 40 ans, Gaël Monfils est officiellement un joueur de tennis retraité, et ce depuis le 5 octobre dernier. Sans annonce officielle dans un premier temps, le natif de la région parisienne a surpris les suiveurs du tennis quand son nom est apparu sur la liste des joueurs retraités de l’ITIA (l’agence internationale pour l’intégrité dans le tennis). Cette démarche implique que le joueur ne peut s’inscrire à un tournoi s’il ne passe pas des tests anti-dopages pendant six mois, ce qui semblait improbable dans le cas de Gaël Monfils puisqu’il avait annoncé sa retraite pour la fin de saison 2026. Quelques jours plus tard, son ex-compagne Elina Svitolina, joueuse de tennis ukrainienne, annonce leur divorce sur ses réseaux sociaux. Le joueur français confirme ensuite lundi 26 octobre dans un live sur Twitch que cette décision commune l’a profondément attristée et qu’il ne se sentait pas de reprendre ses raquettes et de retourner à l’entraînement. À la place d’un dernier match frisson, le public du Rolex Paris Masters, dernier Masters 1000 de la saison de tennis, aura le droit à une cérémonie qui risque d’être émouvante pour remercier un homme qui a marqué plusieurs générations.

Une carrière qui démarre dès les juniors

Très jeune, Gaël Monfils est repéré par la Fédération Française de Tennis. Il s’entraîne dans un premier temps dans son club du 12e Arrondissement de Paris où l’on peut d’ailleurs retrouver ses premières interviews données à l’âge de 11 ans dans un reportage de l’INA. Il apparaît avec des lunettes, déjà très concentré sur son plan de jeu et le sens qu’il veut donner à sa carrière. Il ne se trompe pas puisqu’il est très vite obligé de rejoindre le Pôle France à Reims, puis l’INSEP et enfin au Centre National d’Entraînement de la FFT. Il enchaîne pendant cette période les titres chez les juniors en remportant notamment trois titres du Grand Chelem dans cette catégorie en 2004 : l’Open d’Australie, Roland-Garros et l’US Open. 

Sa carrière professionnelle n’attend donc plus qu’un déclic se lancer définitivement et l’année 2005 en sera le symbole. Le Français connaît une ascension fulgurante au classement ATP et se retrouve propulser dans le Top 50 en grande partie grâce à son titre obtenu sur le circuit principal à Sopot, en Pologne. Dès ses premiers faits marquants chez les juniors, Gaël Monfils se distingue par son air blagueur et ses coups surpuissants et une complicité avec le public se crée très rapidement. 

Gaël Monfils et le public français, une histoire d’amour à double sens

Malgré de bonnes performances dans le monde entier, Gaël Monfils doit attendre 2008 pour réaliser son premier résultat majeur à Roland-Garros. En France, pour se faire un nom dans le tennis, il faut performer dans le Grand Chelem parisien. Ce sont quinze jours pendant lesquels les yeux de tous les Français, initiés ou non, sont rivés sur un sport qu’ils délaissent le restant de l’année. 

Mais en 2008, Gaël Monfils frappe un grand coup. Il bat Ivan Ljubicic ou encore David Ferrer et se retrouve propulsé en demi-finales du tournoi face à Roger Federer. La marche est trop haute pour le Français qui s’incline avec les honneurs en quatre sets et plus de 3h de jeu. Avec son débardeur ample, ses célébrations iconiques et des smashs frappés en lévitation, il dépose une bonne fois pour toute sa carte de visite au grand public. Aux portes du Top 10, Gaël Monfils ne parvient pas à briser le plafond mais continue sa route sur courant alternatif. 

En 2009 et en 2010, il atteint la finale du Masters 1000 de Paris-Bercy (ancien lieu du tournoi avant le déménagement en 2025) et échoue en finale à chaque fois : face à Novak Djokovic la première année au terme d’un gros combat et face à Robin Söderling la seconde. C’est aussi ça, Gaël Monfils. Des performances éclatantes à certains moments et un blocage devant la dernière marche qui aurait pu lui offrir un titre majeur, en Masters 1000 ou en Grand Chelem. 

Un corps fragile qui casse ses dynamiques 

Depuis ses débuts dans le monde du tennis, Gaël Monfils impressionne par ses caractéristiques physiques hors normes qui lui permettent de dégager une puissance énorme sur les courts. Ses longues jambes lui permettent également d’assurer une couverture de terrain exceptionnelle, avec des glissades qui lui sont propres. Mais ce corps n’a pas que des aspects positifs pour le Français qui rencontre des blessures à répétition notamment à partir de l’année 2011. Il y a d’abord le poignet en début d’année puis le genou à la fin de la saison, des blessures qui l’empêchent de tenir une régularité nécessaire pour performer au tennis. 

Les années 2012 et 2013 sont ensuite marquées par une lente descente au classement liée à ces mois d’absence à répétition à cause de blessures au genou notamment. Le Français ne dépasse pas le troisième tour en Grand Chelem pendant ces années de doute et sort même du Top 100 en 2013. Comme on l’a dit précédemment, Gaël Monfils est un showman et il ne ménage jamais ses efforts pour mener des luttes acharnées. Obligatoirement, son corps se retrouve alors poussé à bout et le risque de blessures est démultiplié. De plus en plus de parties sont touchées : genou, hanche, poignet,… Le Français totalise dès l’année 2015 une soixantaine de tournois manqués pour cause de blessures. 

2016 : Une année majuscule

L’année 2016 est souvent considérée comme la meilleure saison de la carrière de Gaël Monfils. C’est d’ailleurs lors de cette année qu’il atteint son meilleur classement en carrière en occupant la 6eme place du classement ATP. Après de bons résultats en début de saison, il arrive à Monte-Carlo avec un corps qui le laisse plutôt tranquille et une confiance en son jeu retrouvée. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour faire un grand tournoi… et le Français répond parfaitement aux attentes du public. Il se retrouve en finale après avoir battu son ami Jo-Wilfried Tsonga et doit affronter la légende de la terre battue Rafael Nadal. Même s’il l’a déjà battu deux fois au tournoi de Doha, sur la surface préférée du joueur espagnol c’est tout de suite une autre histoire. Impressionnant pendant deux sets, il revient à hauteur de l’Espagnol avant de céder dans le troisième set après 2h45 de combat. 

Ce n’est pas le seul fait d’armes du Français pendant cette saison 2016. Nous avons jusqu’ici beaucoup évoqué les exploits de Gaël Monfils en France mais une autre zone géographique du circuit lui a particulièrement souri durant sa carrière : les États-Unis et plus globalement l’Amérique du Nord. Il est vite devenu une superstar sur ce continent car son style de jeu et sa personnalité sur le court cochent toutes les attentes des fans américains. À l’US Open, le tournoi du Grand Chelem disputé sur le sol américain, il atteint trois fois les huitièmes de finale et deux fois les quarts avant la saison 2016. Cette année-là, il va encore plus loin en éliminant un autre Français en quarts de finale, Lucas Pouille, et retrouve le Serbe Novak Djokovic, membre du Big Three (Federer, Nadal, Djokovic) qui se partageait la quasi-totalité des titres de l’époque. Il ne l’a jamais battu avant cette demi-finale et ne le battra finalement jamais en 22 ans de carrière professionnelle. Lors de ce match, Gaël Monfils adopte une attitude assez étrange et semble presque accepter son sort dès le début du match. Il cède les deux premières manches et se fait même siffler par le public qui ne comprend pas très bien pourquoi leur star agit de la sorte. Il se ressaisit dans la troisième manche avant de perdre la quatrième. Ce n’est donc pas cette fois que le Français parviendra à battre sa bête noire. 

Au total, Gaël Monfils a défié soixante fois les trois légendes du Big Three et ne totalise que six victoires : quatre face à Roger Federer et deux face à Rafael Nadal. Cette statistique peut sembler dure mais elle illustre bien la différence entre la trace laissée par le Français dans l’histoire du tennis et son palmarès final. L’année 2016 ne s’arrête bien évidemment pas là pour La Monf’ (le surnom qui lui a été attribué par les fans) qui est propulsé à la sixième place du classement ATP et se retrouve qualifié pour le Masters, le tournoi des maîtres, qui réunit les huit premiers du classement. Gêné par des douleurs au dos quelques semaines avant le tournoi, il arrive en méforme physique et perd ses deux matchs en phase de poule. Les années suivantes sont plus compliquées pour le Français, une nouvelle fois trahi par son corps à de nombreuses reprises. 

Monfils, tu ne lui parles pas d’âge

La carrière de Gaël Monfils se poursuit ensuite avec des exploits et d’autres périodes plus creuses. Il atteint par exemple les quarts de finale de l’US Open en 2019 ou encore les demi-finales du Masters 1000 du Canada cette même année. Début 2022, Gaël Monfils

approche des 36 ans et il est conscient que sa carrière est plus proche de la fin que du début. Il parvient tout de même à se qualifier en quarts de finale de l’Open d’Australie où il tombe après un nouveau match légendaire de plus de quatre heures face à l’Italien Matteo Berrettini. 

La dynamique ne s’installe pas puisqu’il se blesse au talon droit au printemps et se retrouve éloigné des courts pendant près d’un an. Il n’a donc presque plus de points au classement ATP et retombe à la 360e place mondiale. Il parvient à revenir sur les courts à Indian Wells mais il enchaîne les défaites et retourne même sur le circuit secondaire, le circuit Challenger, pour retrouver de la confiance. Son corps le laisse tranquille pour disputer Roland-Garros qu’il peut disputer grâce au classement protégé. Cette règle permet aux joueurs blessés plus de six mois de s’inscrire aux tournois avec le classement qu’ils avaient avant leur blessure. 

Au 1er tour du Grand Chelem français, il affronte Sebastian Baez, un argentin spécialiste de la terre battue. Au vue de la forme actuelle du Français, peu de scénarios le donnent vainqueur de ce match. Il est programmé en night session sur un court central entièrement acquis à sa cause. Le match démarre plutôt bien pour le Français qui mène deux manches à une. Ensuite, les crampes arrivent accompagnées de douleurs au poignet. Le Français lâche dans le quatrième set et laisse son adversaire l’emporter sur le score de 6-1. À 37 ans, le public se demande comment il va pouvoir retourner cette situation délicate d’autant que son état ne s’améliore pas dans le cinquième et dernier set. Baez enchaîne les jeux et mène 4-0 avec une balle pour mener 5-0. Le Français gagne ce point essentiel et enchaîne ensuite des points tous aussi invraisemblables les uns que les autres pour recoller à 4-4. Il interagit avec le public, demande du soutien et puise une énergie folle dont il déclarera lui même ne pas savoir d’où elle venait. À 4-4, le plus dur semble fait mais l’Argentin remporte le jeu de service du Français et sert alors pour le match. Une nouvelle fois, La Monf’ recolle et emmène avec lui les 15000 spectateurs du court Philippe Chatrier. Il parvient ensuite à conserver sa mise en jeu et finit par faire plier l’Argentin après minuit au bout d’un combat de 3h51 en boitant. Il déclare ensuite en conférence que ce match est dans “Le Top 1-Top 2 (avec sa victoire face à Pablo Cuevas en 2015 à Roland Garros) des plus belles victoires de [sa] carrière”. Il connaîtra ensuite d’autres remontada en Grand Chelem notamment en 2025 face à Hugo Dellien mais les émotions procurées cette soirée là ne seront jamais égalées. 

Une fin de carrière au plus haut niveau

Après cet exploit, le Français doit déclarer forfait au deuxième tour à cause de douleurs au poignet mais rejoue assez rapidement et réintègre le Top 50. En 2025, il parvient même à remporter son treizième et dernier titre à Auckland en devenant à 38 ans le joueur le plus âgé à remporter un tournoi sur le circuit principal. Il enchaîne ensuite à l’Open d’Australie en atteignant les huitièmes de finale après avoir notamment battu Taylor Fritz le n°4 mondial. Le reste de l’année est plus mitigé avec de nouveaux gros combats comme face à Jack Draper à Roland-Garros mais peu de résultats majeurs. 

Le Français comprend que la fin de sa carrière approche et annonce en fin de saison que l’année 2026 sera sa dernière sur le circuit. Sorti du Top 100, il doit compter sur les invitations des tournois pour participer et fait sa tournée d’adieu face aux différents publics qui l’ont soutenu pendant 22 ans. Gaël Monfils est un joueur qui fait l’unanimité, que ce soit auprès des spectateurs ou bien des autres joueurs du circuit. Des vidéos d’hommage sont diffusées après ses matchs avec des témoignages de ses camarades de jeu voulant tous le remercier. À Roland-Garros, il cède dès le premier tour face à Hugo Gaston et résiste difficilement à l’émotion de quitter un tournoi qu’il a marqué à de nombreuses reprises. 

Il dispute en septembre l’US Open sans savoir encore qu’il s’agit du dernier tournoi de sa carrière et passe un tour, la dernière victoire de sa carrière donc, avant de s’incliner face à l’Américain Learner Tien au tour suivant. Une nouvelle fois ému, il quitte les États-Unis en pensant revenir pour le Masters 1000 de Paris mais sa rupture expliquée précédemment précipite la fin. 

Ce mardi ce n’est donc pas un joueur quelconque qui recevra un hommage sur le court du Rolex Paris Masters mais bien un humain apprécié de tous pour son jeu et sa gentillesse qui ont marqué tous les endroits où il est passé et toutes les personnes qu’il a rencontré sur sa route. Jusqu’au bout, Gaël Monfils aura fait les shows, surpassant les douleurs qui l’ont empêché de s’exprimer pleinement pendant de longues années.

Maël Gaté

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