Depuis deux ans, le Paris Saint-Germain est perçu par certains journalistes et experts comme le meilleur club du monde et semble influencer le football par sa philosophie de  jeu. Digne successeur du « football total », Luis Enrique fait de son équipe une référence,  mais à quel point ? Ce PSG est-il entré dans la légende du football et quelle trace laissera t-il dans l’histoire du Beautiful Game ?  

Depuis deux ans maintenant, Paris exerce une domination inédite, avec neuf trophées  sur cette période dont deux Ligue des champions, graal du football européen.  

Sur le plan statistique, c’est tout aussi impressionnant puisqu’on compte 67,2% de possession toutes compétitions confondues sur deux ans, juste derrière le Bayern Munich (69%). Mais le chiffre le plus révélateur du style de jeu de ce PSG est bien celui des récupérations de balle : avec 733 récupérations lors de la saison 2024-2025, puis 664 la saison suivante, le club de la capitale s’est placé à deux reprises en tête du classement de la Ligue des champions. 

Enfin, entre 2024 et 2026, Paris atteint un pourcentage de victoire toutes compétitions confondues de 68,6%, derrière le Bayern Munich (75,8%) et le FC Barcelone (75,3%) selon Opta. Une troisième place à relativiser, puisque l’équipe de Luis Enrique a justement réussi à battre ces deux formations lors de leurs confrontations directes : le Barça en 2025 (2-1), puis le Bayern en demi-finale de Ligue des champions en 2026 (6-5 au cumul). Même si les statistiques placent le PSG derrière ces deux clubs, les confrontations directes racontent une toute autre histoire. Ce constat est d’ailleurs partagé par les entraîneurs adverses : après la défaite du Barça, Hansi Flick reconnaissait que son équipe n’était pas au niveau du PSG, tandis que Vincent Kompany estimait, après l’élimination du Bayern Munich, que Paris avait probablement été la meilleure équipe d’Europe lors des deux dernières années. 

Cela semble faire consensus puisque parmi les neuf clubs affrontés par le PSG en phase à élimination directe de Ligue des champions sur cette période, sept ont un entraîneur ou joueur ayant considéré que l’équipe de Luis Enrique était la meilleure du monde, parmi lesquels Liverpool et Arsenal. 

Le constat est clair, le Paris Saint-Germain est la meilleure équipe d’Europe depuis deux saisons, les deux distinctions consécutives de meilleur club de l’année au Ballon d’Or en témoignant.  

Une dynamique qui place le club dans la conversation des meilleures équipes de  l’histoire

« Vous savez, depuis les années 90’ peut-être, on n’avait plus vu en Europe une équipe jouer comme ça », affirme Thierry Henry au micro de la chaîne américaine CBS Sports à l’entraîneur du Paris Saint-Germain, après son deuxième sacre européen le 31 mai 2026.  

Ce propos élogieux alimente le débat : où se situe ce PSG par rapport aux autres  grandes équipes de l’histoire de ce sport ? 

Avec deux Ligues des champions consécutives, l’équipe de Luis Enrique est entrée dans  l’un des cercles les plus fermés de l’histoire du football. En effet, seulement neuf clubs ont réussi cet exploit et seulement deux depuis le passage à l’ère de la Ligue des champions, le Real Madrid et le Paris Saint-Germain. 

Si l’on se penche sur les équipes ultimes de l’histoire du football, on peut classer les vainqueurs de la Ligue des champions en fonction de leur pourcentage de victoires sur l’ensemble de leur saison toutes compétitions confondues. Avec en tête de file l’Ajax Amsterdam 1971/72 (86%), suivi du Bayern Munich 2012/13 (85,19%), du FC Barcelone 2014/15 (83,33%), du PSG 2024/25 (73,85%) puis du Real Madrid 2016/17 (73,33%). 

Ce classement montre bien la légitimité du Paris Saint-Germain de Luis Enrique à être dans cette discussion mais confirme aussi que cette équipe n’est pas toute puissante  face aux cadors de l’histoire du football.  

En regardant de plus près les parcours de ces grandes équipes en Ligue des champions, on constate que le Paris Saint-Germain sur la saison 24/25, a atteint un taux de défaites de 29,41%. Ce chiffre est de loin le plus élevé des cinq grandes équipes que  nous avons comparées précédemment : le Bayern et le Barça étant à 15,38%, Madrid à 7,69% et l’Ajax à 0% !  

Néanmoins ce qui fait que ce PSG de Luis Enrique entre dans la légende, c’est aussi l’adversité qu’il a rencontrée. En effet, sur les deux dernières saisons, Paris a affronté et battu des grands noms du football mondial : Real Madrid, Barcelone, Bayern, Inter Milan, Liverpool, Arsenal, Manchester City, tous y sont passés. Si Pep Guardiola affirmait en 2019 que « la capacité à répondre à l’adversité est le signe d’une grande équipe », Luis Enrique semble bien l’avoir compris et en fait le récit de sa légende.  

Paris a-t-il quelque chose à laisser dans l’héritage du football ?

La dynastie parisienne qui s’impose en Europe depuis maintenant plus de deux saisons ne doit pas faire uniquement l’objet d’un focus sur cette équipe mais bien sur l’ensemble du football actuel. Si le modèle de ce PSG-là permet de remporter des titres et de dominer ses adversaires, les clubs ont bien compris qu’il fallait a minima s’inspirer de la recette Luis Enrique pour espérer obtenir les mêmes résultats. Ainsi la manière dont joue cette équipe influence la période footballistique actuelle et participe à l’évolution de ce sport.  

Le facteur déterminant qui a permis au Paris Saint-Germain d’obtenir ces résultats est sans doute la manière de jouer sans ballon. En effet, l’entraineur espagnol ne veut pas entendre parler de postes figés, selon lui il ne voit en son équipe qu’onze attaquants et onze défenseurs. Cette philosophie se traduit dans plusieurs aspects du jeu. Tout d’abord, à la perte de balle, c’est le contre pressing qui est mis en œuvre et quasi obligatoire. En chiffres, c’est d’autant plus impressionnant puisque le PPDA parisien, c’est-à-dire le nombre de passes moyen que l’adversaire peut effectuer pour chaque action défensive de l’équipe qui presse, est de 8,5 en Ligue 1, le plus faible parmi les cinq grands championnats de la saison 24/25. Idem en Ligue des champions sur cette même saison, 87% des pressings parisiens étaient à haute intensité, meilleur total de la compétition.  

Aujourd’hui, aucune équipe jouant avec l’ambition de dominer ne peut se passer du pressing, et encore moins du contre pressing. L’actuel Madrilène Kylian Mbappé explicite, en conférence de presse ce 21 juin, le rôle du PSG dans la démocratisation du contre pressing dans football actuel « Depuis que j’ai commencé le foot, on nous a dit de copier le jeu de possession de Barcelone, l’attaque à trois du Real, l’intensité du Bayern et maintenant on nous demande le contre pressing du PSG ». Au sein des clubs, le ton est donné, il faut suivre l’exemple parisien.  

Le deuxième aspect du jeu des Parisiens qui s’inscrit dans une transformation du football est la polyvalence des joueurs et donc la disparition d’un poste fixe. Luis Enrique adopte la doctrine du « football liquide » qui se base sur des permutations et mobilités incessantes. Les postes les plus impactés par ce style de jeu sont les latéraux qui prennent part au jeu de leur équipe en occupant des positions davantage intérieures ces dernières années. Cette évolution se retrouve à l’échelle du football international. D’après une étude de la FIFA, les latéraux ont reçu une part plus importante de leurs ballons dans les zones intérieures et centrales lors de la Coupe du monde des clubs qu’à la Coupe du monde 2022, avec une hausse de 23,1 points de pourcentage. La FIFA relève également leur implication accrue dans les séquences offensives menant à des  tentatives de tir.  

Si le poste de latéral était autrefois perçu comme le moins important au sein d’une équipe, le football progresse aujourd’hui vers une latéralisation du jeu, avec le Paris Saint-Germain en tête de file.  

Une révolution parisienne à relativiser 

Bien que le PSG de Luis Enrique soit le symbole de l’évolution du football sur la décennie 2020, cette révolution footballistique n’est pas sortie de nulle part et l’entraineur espagnol s’ancre plutôt dans l’histoire du « football total ».  

Jeu de possession, contre pressing, disparition progressive des postes fixes, mouvements perpétuels : toutes ces philosophies de jeu ne sont pas nouvelles et il serait plus juste de dire que cette équipe contribue à perpétuer et à étoffer un héritage que les prédécesseurs de l’entraineur espagnol ont construit au fil du temps.  

Le football total, basé sur la participation de l’ensemble des joueurs à toutes les phases de jeu, offensives comme défensives, émerge de l’Ajax Amsterdam dans les années 1970 et doit sa mise en place à l’entraineur Rinus Michels. On retrouve ultérieurement ces concepts particulièrement au FC Barcelone de Johan  Cruyff puis plus récemment chez Pep Guardiola. 

Un football agressif, étouffant et impliquant l’ensemble des joueurs sur la pelouse à tout instant, une philosophie de jeu que l’on ne peut attribuer qu’à Luis Enrique.  

Ainsi cette équipe parisienne s’inscrit dans une voie déjà partiellement tracée par les grandes équipes de l’histoire du football et contribue à poursuivre son évolution.  

Néanmoins si les légendes s’écrivent au présent, elles se racontent surtout au passé. Le temps et la fin de ce cycle parisien affineront alors l’analyse de la place du Paris Saint-Germain dans la légende du football.  

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